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L’Ecosse en automne

Pour les 27 ans de Matthieu, j’ai voulu marquer le coup et lui offrir un séjour en Ecosse dans les Highlands sur la route des distilleries de Whisky. Tout avait l’air clair et j’avais même fait une bonne affaire grâce au Comptoir des Voyages. Ca, c’était avant qu’on rate notre avion…

Persuadée que le ticket électronique fait office de carte d’embarquement, je dis à Matt que nous n’avons donc pas à nous présenter une heure à l’avance à l’aéroport pour enregistrer quoi que ce soit puisque nous n’avons qu’un bagage à main chacun. Erreur, le « check in » permet aussi de troquer son bout de papier contre un « boarding pass », le fameux sésame qui permet de passer les portiques électroniques. Nous nous présentons les derniers, sereins, le guichet d’enregistrement fermé depuis des lustres. Un agent de la sécurité de l’aéroport check nos billets électroniques nous confirmant qu’on peut passer avec ça. On défait nos chaussures, vidons nos sacs. Nous sommes toujours les derniers dans la file et l’avion décolle dans 20 minutes. L’agent de sol nous apprend alors que nous n’avons pas de carte d’embarquement et que nous devons retourner nous enregistrer. On retraverse en courant l’aéroport. On supplie Easy Jet de rallumer leur ordinateur et faire la manipulation qui leur prendra 5 secondes. Une crise de nerfs et de larmes plus tard à engueuler copieusement ces agents pas conciliants pour un sou et on a raté notre avion. Obligés de s’excuser d’avoir insulté ces incapables pour s’entendre dire que le prochain vol pour Glasgow ne part que le lendemain. On fait le tour des autres compagnies pour trouver une alternative. Aucun billet en dessous de 1000 € par personne pour partir dans la journée. On se fait donc à l’idée qu’on ne partira que le lendemain avec nos chers amis d’Easy Jet. Pour ne pas faire l’aller retour – le séjour initial devant durer 3 jours – on rallonge les vacances de 2 jours de plus. L’avantage, c’est qu’on passera Halloween sur place et qu’on pourra visiter Glasgow !

Pour ne pas se rater une seconde fois, c’est moi qui dis cette fois à Matthieu qu’on va arriver 3h en avance. On ne sait jamais, ce n’est pas comme si on ratait jamais nos voyages grâce à moi ! (un jour, je vous raconterai comment on a bêtement raté notre train pour Rennes). Enfin dans l’avion, je peux relaxer un peu. Arrivés à Glasgow, on récupère la voiture de location et nous voilà partis à gauche toute pour Crianlarich sous une pluie battante au son de la BBC et sa playlist spéciale Halloween.

Ce petit village des Highlands nous réserve un B&B de rêve, perdu au milieu d’un champ, lui-même planté au sommet d’une petite colline entourée par un bois automnal tout simplement féerique.  On s’attendrait presque à être accueillis par la famille Weasley ou qu’un lutin magique nous fasse le groom-service. Au lieu de ça, on tombera sur le lit king size le plus moelleux qu’on ait croisé dans notre vie. La nuit est bien noire maintenant et nous nous engageons à pied dans le village. Pas un chat à la ronde, tous les habitants sont dans la salle des fêtes, déguisés pour Halloween. Les enfants courent partout, les parents papotent, une bonne ambiance en somme. On ne restera pas longtemps, la faim se faisant entendre. Pas un seul restaurant sur la route mais un pub qui a l’air bien sympathique. On file s’y réchauffer et commandons au bar une pinte de brune pour Matt et… un verre de Chardonnay pour moi (oui je suis nulle, je sais). On se laisse directement tenter par un haggis sans faire attention à la recette. Il paraît que c’est dans les endroits les plus insoupçonnés que l’on déguste toujours les meilleurs plats. Banco, on est ravi de notre découverte. Pas de goût d’abats en particulier, juste quelque chose de surprenant, pas très fin mais goûteux. Les rares clients jouent au billard en passant des tubes des années 90 dans le juke-box  Après une partie, on les abandonne pour rentrer se coucher, éclairés par les torches des rares passants dans la rue, toujours sous une pluie fine d’octobre.

Levés tôt, on englouti notre petit déjeuner des champions. Celui qui te cale jusqu’au soir (ou 16h quand on a tout le temps faim comme moi). Porridge, black pudding, saucisses, haricots, œufs brouillés, bacon, haggis (oui, tout ça) avec une bonne tasse de thé bien sûr et c’est parti pour la virée dans les Highlands. Le tour de Crianlarich étant vite fait, on sort notre carte et on s’enfonce dans la vallée pour découvrir ce que l’Ecosse profonde nous réserve. Résultat ? Des lacs, des forêts, des églises gothiques très Burtoniennes, comme celle de St Conan’s Kirk, des fumeries de saumon dont on sent l’odeur bien avant d’en découvrir le lieu, des petits villages déserts très « Straw Dogs » dans le style… Une vraie belle promenade qui nous conduira jusqu’à Oban où la fameuse distillerie sera malheureusement fermée mais où Matt s’offrira un bon whisky et un fish and chips dans un pub de quartier, après une balade de nuit sur le port.

On dit adieu à notre lit de roi et nous repartons pour Glasgow où on a booké une chambre dans une auberge de jeunesse installée dans une ancienne tour du centre-ville, à la limite du pont qui mène paraît-il aux quartiers craignos où vivent les hooligans de la ville. Soit, on ne le saura jamais. Après avoir rendu la voiture, on visite le centre de cette vieille ville toute grise, aux immeubles massifs dont l’architecture presque soviétique me laisse de marbre. Il faut s’enfoncer dans certaines rues plus excentrées pour trouver de jolis monuments victoriens et trouver aussi des boutiques sympa où il faudra se retenir de craquer sur des coffrets de série à prix sacrifiés. On a l’impression que Glasgow n’est pas une ville très chaleureuse. Alors on se console en allant boire des coups dans un bar à Whisky réputé pour posséder le plus de crus différents puis dans les pubs pour fêter dignement Halloween, déguisés avec trois bricoles achetées ça et là au passage. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les jeunes Ecossais festoient bizarrement. Ils ne dansent pas mais passent la soirée en rond à une table avant de rentrer pas trop tard… On va mette ça sur le fait qu’Halloween était un jour de la semaine ?

Le lendemain, nous obtenons une réponse du site de couch-surfing, ce moyen économique de faire des rencontres avec des habitants de la région en dormant chez eux, que nous découvrirons mieux lors de notre voyage en Amérique du Sud. Maurice, un ancien militaire qui a beaucoup baroudé et adore autant la techno que la Guinness nous accueille dans son petit chez lui. Il vient à peine de rentrer au pays et nous sommes ses premiers surfeurs. Le courant passe rapidement, on l’écoute beaucoup blaguer et on décide de lui faire à dîner le soir même. En attendant, on va finir de visiter sa ville, à commencer par le sublime cimetière et la cathédrale Saint Mungo située à deux pas de son appartement puis l’université de Glasgow qui pourrait avoir inspiré Poudlard. Une visite dans le quartier étudiant en contrebas, où l’on déguste au fond d’un Winchester en cuir usé un Black Russian pour 3 £ (!) au milieu d’un décor d’affiches de films. Quelques courses plus tard dans un supermarché étrange et qui nous montre un côté de l’Ecosse assez miséreux, puis nous voilà attablés à travailler notre scottish accent autour d’une Carbonara et d’un pack de Guinness. On refera le monde jusqu’à pas d’heure avec Maurice, notre hôte aux petits soins.

Le lendemain, dernier jour en Ecosse, on décide de s’offrir une journée sur l’île de Bute. On saute dans un train et en moins d’une heure nous sommes à l’embarcadère des ferrys qui font la traversée vers ce petit lopin de terre où se donnent rendez-vous les phoques et toutes sortes de volatiles en pleine migration. Arrivés sur place, on fait l’état de lieux à pieds d’abord, en prenant un peu de hauteur dans les jardins suspendus pour obtenir une belle vue. Puis on loue un vélo et on se lance dans la première boucle de l’île, la plus simple… quand on n’a pas le vent contre soi ou au contraire les jambes de Lance Armstrong ! Je passe le plus clair de mon temps à côté du vélo plutôt que sur la scelle, tandis que Matt pédale gaiement  On ne trouvera pas de phoques, mais on cassera la croûte près d’un cimetière, sur un banc où des enfants ont gravé en souvenir de leurs parents disparus une jolie citation pleine d’amour.

Le retour est plus simple et on profite mieux de la côte, du vent frais à contre sens cette fois et du paysage de campagne différent de celui des Highlands que l’on a découvert deux jours plus tôt. On s’offre une pause dans un pub, désert toujours, devant une bière au son de Kasabian. Je crois que je n’ai pas entendu une seule fois de la mauvaise musique du séjour ; à croire que la réputation des Britanniques pour leur bon goût en matière de rock n’est pas une légende ! On rentre épuisés vers Glasgow en partageant le wagon avec un ivrogne qui a la tête en sang et qui nous demande on ne sait pas trop quoi avec un accent à couper au couteau. De retour chez Maurice, il nous a prévu un bon dernier haggis maison, une bouteille de Whisky et deux packs de Guinness. Tout ça se terminera par une crise de foie pour Matthieu et une tonne de nouveaux sons à ajouter à ma playlist.

Nous repartons vers Paris ravis de notre séjour écossais, Matthieu le premier et c’est le principal, contents de nos rencontres, de nos découvertes culinaires qui font taire les préjugés sur la gastronomie britannique et surtout rechargés à bloc par toute cette nature et l’air frais environnant qui nous aura accompagné tout du long. Un seul conseil : l’Ecosse est à visiter en automne, quand la légère pluie et la brise enveloppent les paysages aux mille couleurs et les églises grises d’une ambiance magique.

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