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Cinétrip : Gainsbourg, Birkin et des hippies sur les chemins de Katmandou

Considéré quasi-unanimement comme un navet, les Chemins de Katmandou a plus à offrir que sa piètre réputation. Maladroit, simpliste et brouillon, le film d’André Cayatte reste un témoignage d’une époque mythique et l’occasion de retrouver à l’écran le couple Gainsbourg / Birkin dans l’une de leurs rares apparitions ensemble au cinéma.

katmandou

L’histoire : déçu par la révolution avortée de Mai 68, Olivier part au Népal pour retrouver son père, mais il fait rencontre Jane, dont il tombe amoureux. Malheureusement, cette jolie hippie sombre dans la drogue et Olivier est prêt à tout pour la sortir de cet enfer.

Jane joue Jane et Serge joue… Ted, un personnage secondaire et abject. Ils sont peut-être les moins bons interprètes du film, Birkin se démarquant tout de même par sa beauté et Gainsbourg, à la rigueur, par sa laideur. Affublé pour l’occasion d’une moustache ridicule et de cheveux gris dont la beauté n’a d’égal que la coiffure de Donald Trump, il témoigne – peut-être malgré lui – combien le génie supporte, à l’occasion, la médiocrité. Malgré des prestations loin d’être inoubliables, c’est cependant toujours plaisant de les voir à l’écran (surtout Birkin !). Olivier, quant à lui, est campé par Renaud Verley dans un rôle pas évident de héros déchiré entre son arrogance, ses idéaux et sa vision de la réalité.

Olivier donc voyage et nous le suivons à travers ses pérégrinations. Les extérieurs, tournés à Katmandou, pourraient tout à fait se prêter à ce genre de remarque, souvent plus réservée que profondément enthousiaste : « il y a de jolis paysages ». Piètre qualité pour un film quand elle arrive en tête de liste, heureusement Cayatte trouve le moyen de ne jamais vraiment mettre son décor en avant.

Les chemins de Katmandou

Les chemins de Katmandou

Du coup, que peut-on bien sauver de ces Chemins de Katmandou ? D’abord, il faut bien avouer que comme un excellent film déçoit parfois à cause de la réputation qui le précède, il arrive qu’un film moyen, à l’inverse, ne laisse pas une impression si détestable. Les Chemins de Katmandou appartient à cette seconde catégorie. Je ne vous conseillerai pas de l’acheter, à moins de lui réserver un de ces emplacements dédiés aux pièces de musée destinées à ne plus bouger des étagères où on les pose, mais un petit visionnage mérite largement un détour.

D’autant que Les Chemins de Katmandou a ce qu’il faut d’exotisme et de kitsch pour susciter une forme d’intérêt. De plus, il faut bien avouer qu’aussi réductrice soit-elle, la peinture des désillusions de la jeunesse hippie reste intéressante, particulièrement en regard du scénario de Barjavel, scénario qui se transformera en livre dans la foulée du film et qui s’inspire dans la plupart des cas de personnages réels.

Les chemins de Katmandou

Les chemins de Katmandou

Même plombés par des caractérisations archétypales, certains personnages sortent vraiment du lot, dont Patrick, l’ami d’Olivier interprété par Jean-Paul Tribout qui apporte de la justesse à l’ensemble et Sven, touchant dans sa destinée mystico-tragique. On y croise d’ailleurs plus d’un destin brisé et les chemins de Katmandou sont ici moins prétexte à l’éveil des mentalités promis qu’à la déchéance d’un rêve avorté. Des jeunes plein d’utopie s’y laissent ronger par la drogue, prêts à se prostituer pour trois roupies. Au détour du chemin, la mort rôde parmi les musiciens et les mendiants.

Contrairement à l’Uncle Bens, le voyage n’est pas toujours un succès

Mais derrière ce refus de deux mondes (le monde hyper-matérialiste bouffi d’égo et le monde pseudo-spirituel où la matière – et donc la chair – se meurt), se trouve un monde plus simple, sans dichotomie. Un monde présenté un peu naïvement comme une solution, quoiqu’à l’abandon. C’est le monde des villages du fin fond de l’Inde, un monde à visage humain où les enfants sourient et où des soleils de joie, cachés entre leurs dents, se foutent de la misère.

Les chemins de Katmandou

Les chemins de Katmandou

C’est ici qu’Olivier terminera son voyage, dans un désert sans route, après avoir fait le tour de son propre paysage intérieur. Et comme les sourires sont aussi contagieux que les maladies, tout (ou presque) est bien qui finit bien en pays altruiste. Au fond, on ne saurait donner tort à ce pauvre[1] Olivier et même les scientifiques – pourtant parfois obtus quand on touche aux choses de l’esprit – confirment la primeur de son choix[2]:

Des chercheurs ont effectivement réalisé des prélèvements sanguins sur 80 volontaires. Après analyse, ils ont constaté que les personnes altruistes possédaient plus de gènes antiviraux que les autres. Dans le même ordre d’idée, une autre étude affirme que le système immunitaire de ceux qui recherchent un bonheur en collectivité est bien plus résistant que celui de ceux qui ne recherchent que la satisfaction personnelle.

Olivier vient donc de découvrir le plus beau visage de l’être humain : celui du don. En définitive, il y a autant de tendresse que de maladresses dans les Chemins de Katmandou et c’est certainement dans cette forme d’humanité, peut-être accidentelle, que réside le véritable intérêt du film.

[1] La pauvreté est la seule richesse qu’on ne peut nous ôter

[2] https://uncch.pure.elsevier.com/en/publications/a-functional-genomic-perspective-on-human-well-being

 

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