Menu

Cinétrip : Kukurantumi – road to Accra, voyage en bus à travers le Ghana

« L’endroit où tout est trop lourd à porter », voilà ce que veut dire Kukurantumi, petit village à l’Est du Ghana. Pour rejoindre la capitale Accra, il faut monter dans un « bus ». Une sorte de cercueil roulant où la direction date de Mathusalem et où les freins tiennent plus de l’ornementation qu’autre chose. Viens, je t’emmène, comme disait France Gall.

Kukurantumi - Road to Accra

Même l’appellation « bus » semble trop lourde à porter. Il n’y a que la peinture, et par endroits seulement, qui tienne encore la route. « Allah est grand » peut-on lire au-dessus du pare-brise. Voilà qui vaut tous les contrôles techniques.

Superbe premier plan sur le parking des bus où la vie grouille. La caméra décolle et Accra se dévoile dans un lent panorama à la grue. Tout est déjà là, le mouvement, la tristesse et la joie. C’est le début du voyage, le voyage de tous les jours.

Kukurantumi - Road to Accra

Kukurantumi – Road to Accra

Abbey est chauffeur. Fier conducteur d’une antiquité à quatre roues, il emprunte cette route quotidiennement, bravant le danger pour un salaire de misère. Soudain, c’est l’accident ! La faute des freins, rien de grave heureusement, mais Abbey se retrouve sans emploi. La vie continue, mais rien ne va plus…

De Kukurantumi à Accra, d’Accra à Kukurantumi, les destins défilent plus ou moins paisiblement. Le ciel se couvre gentiment : corruption des plus forts, polygamie versus monogamie, mariage arrangé et prostitution arrangeante… Pendant que certains monnaient leur corps, d’autres risquent la prison. Plus que jamais, il est lourd à porter le poids du monde. Alors on danse, comme dirait Stromae.

Et le film, malgré des sujets plutôt tristes, reste empreint d’une certaine légèreté, amenée sans sentimentalisme

Des notes d’humour par-ci, des réflexions sur l’état du pays par là. Vaut-il mieux être le gars des villes où le gars des champs ? C’est l’éternelle fable…

Le réalisateur King Ampaw ne contourne jamais son sujet. Il le traite avec simplicité, sans lourdeur. Les tensions sont désamorcées, mais n’est-ce pas, au fond, une bombe à retardement ? En cela, cette coproduction du Ghana et de l’Allemagne de l’Ouest ne manque pas d’ambition. Elle aboutit, malgré une dernière partie moins convaincante (sauvée tout de même par un joli plan de fin), à un film original et plein de fraicheur.

Kukurantumi - Road to Accra

Kukurantumi – Road to Accra

Bienvenue, ami voyageur, où tout est trop lourd à porter ! Circulez y’a rien à voir disait Leconte la même année. Ici, la tristesse danse avec la joie. C’est sympa à regarder. Tant pis si le monde avance vers sa fin, vers cet anéantissement qu’on appelle « progrès ». On a changé de cercueil-bus. « Pas le temps de mourir », il est écrit cette fois. En 58, des bérets noirs avaient la même devise. Ça se passait dans un camp en Libye, sous les mains des Allemands. C’était déjà du cinéma. De tout temps, ici comme ailleurs, partout où la vérité est trop lourde à porter, il faut continuer d’avancer. Roulez jeunesse ! Roulez…

Kukurantumi - Road to Accra

Kukurantumi – Road to Accra

Les commentaires sont fermés.

Suivez nos aventures !

Si vous voulez tout savoir de nos voyages à deux autour du monde, suivez nous sur Facebook  !

%d blogueurs aiment cette page :