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Akihabara, les prophètes du dieu Néon

Qu’est devenu le champ de feuilles d’automne ? Est-ce comme cela qu’il convient aux divinités de protéger les hommes du feu ? Et si les dieux avaient migré vers d’autres étoiles où nous tentons dès lors de les rejoindre ? Entre Chiyoda et Taitō, la ville électrique appartient aujourd’hui aux prophètes du dieu Néon. Que lui importe la lumière du jour, incessamment elle explose de joie et de fureur comme une grenade éventrée par des soleils trop lourds.

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Akihabara ©voyagesadeux

A Akihabara, je ne suis pas venu pour me chercher un nouveau dieu. Nous voulions trouver des conneries merveilleuses, de ces bizarreries kawaii que seul le Japon est capable de produire et au mieux j’espérais dénicher dans ce temple du manga un exemplaire anglais des Frères du Japon de Matsumoto. L’idée était également de pénétrer dans un maid café car j’ai toujours trouvé agréable l’idée de me faire appeler « maître » par des jeunes filles en mini-jupe. Après tout, nous avons tous le droit de nous déguiser quelques minutes en dieu Néon sans pour autant jurer fidélité à tout le salmigondis qui obscurcit son chatoiement. J’avais également entendu que l’on pouvait poser sa tête sur des genoux féminins et se faire curer les oreilles jusqu’à entendre Kurt Cobain en boucle vous susurrer les vérités inaccessibles, activité ô combien réjouissante dans les projections de mes synapses que parasitaient déjà très probablement les éclairs loufoques de l’électrique cité. Je sentais en ma chaire intérieure qu’il y avait comme un impalpable danger à rester ici trop longtemps. Combien de temps pourrai-je encore résister à tant d’élan de corruptibilité avant de renier ma religion et mon humanité ?

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Akihabara ©voyagesadeux

Comme un maid café ne se choisit pas au hasard et parce que je suis contre l’électronique de deuxième main, nous nous sommes enfoncés, sous les idoles géantes, dans le temple numéro 3. On y vendait des figurines innombrables et d’indispensables babioles. J’avais envie de tout acheter, même des choses dont j’ignorais le fonctionnement, des musiques dont j’étais persuadé qu’elles ne me plairaient pas, des DVD que je ne regarderaient jamais, des visages destinés plus tard à ne connaître que les baisers de la poussière. Je ne savais plus si je me trouvais dans un endroit immense ou minuscule tant les couloirs étaient étroits et tant ils débordaient de bruits et de couleurs. Au bout, il y avait des visages de femmes sur du papier. Marie m’a traîné jusqu’à l’étage. On avait flouté les sexes mais même le plus idiot des idiots aurait vu ce qu’il s’y passait. Il y avait là d’autres visages et dans des pochettes plastiques bien propres on vendait de belles culottes bien sales. A qui aurai-je pu en ramener ? L’idée était certes tentante et je voyais bien quelques amis qui s’en seraient joyeusement étonnés. Auraient-ils été tout émoustillés à l’idée de décoller le film plastique et d’humer la fragrance emprisonnée ? Le risque aurait été qu’ils l’enfilent comme une cape de super-héros et deviennent instantanément un prophète du dieu Néon.

A n’en pas douter, la pornographie akihabaresque avait quelque chose d’abracadabrantesque. Il fallait quitter ce sanctuaire au plus vite

Temple numéro 4. Comme dans les Chevaliers du Zodiaque il fallait désormais se dépêcher pour sauver Athéna qui avait pris l’apparence d’une Purikura. Nous montions les étages mais chaque étage était un combat. Ici des figurines à nouveau, là des KitKat parfum sakura, ici encore des perruques de couleurs et là de nouveau des machines du futur où des otakus d’une étonnante dextérité semblaient avoir élu domicile. J’ai toujours été frustrés de ces jeux vidéo qui ne sortaient pas par chez nous et voilà que j’en voyais trop d’un coup. J’avais perdu l’idée du temps et le dernier étage était réservé à des adorateurs d’un groupe de musique prétendument culte. Athéna n’avait plus besoin de nous. C’était raté pour le Purikura mais nous avions achetés tout un tas d’inutilités sublimes. Akihabara était-il le paradis des gamers, l’éden corrompu des éternels enfants, le céleste séjour des collectionneurs de culottes sales et des dominateurs-dominés, le pigeonnier de celui qui n’existe pas ?

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Akihabara ©voyagesadeux

C’était la nuit et je ne sais pas combien de temps nous avions passé à l’intérieur de ces immeubles hypnotiques. Je ne m’étais pas fait appelé « maître » et nous n’avions pas pris la pose avant que des machines sophistiquées ne nous liftent la tronche. La cité électrique m’avait lifté de l’intérieur, mon cerveau avait fondu et je regardais sous le parapluie transparent les lumières de la ville qui grésillaient  à l’intérieur des gouttes. Il fallait désormais dormir et que tout cela retourne – c’était peut-être mieux ainsi – au royaume des rêves.

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Akihabara ©voyagesadeux

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Akihabara ©voyagesadeux

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