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Auroville, la possibilité d’un ailleurs, ici et maintenant.

Je ne savais pas par quoi commencer. Auroville m’aura fait forte impression et j’aurais beaucoup à en dire sans forcément trouver les mots justes pour tout dire, et je voudrais aussi garder un peu de ces choses pour ne pas trop en dire, pour ne pas fausser la donne dans le grand jeu des possibilités. Si je devais résumer, Auroville n’est pas une secte, Auroville n’est pas un ashram, Auroville n’est pas (ou ne devrait pas être) une attraction touristique. Auroville est une ville. Une ville et un laboratoire.

Pour beaucoup, Auroville n’est qu’une utopie. Même s’ils n’ont peut-être, sans le savoir, pas tout à fait tort, on les invite à se rendre sur place. Après tout, ce n’est pas tous les jours qu’une utopie souffle ses 47 bougies.

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La charte d’Auroville ©voyagesadeux

 

Si l’on part du sens premier du mot utopie, à partir de sa création par Thomas More pour son livre éponyme, éthologiquement cela pourrait se traduire par « non-lieu » : le lieu qui n’existe pas. Il y a là déjà un premier problème : Auroville existe bel et bien. Si l’on s’en tient à la définition d’une construction imaginaire et rigoureuse d’une société constituant un idéal pour ceux qui la réalisent, Auroville a passé le cap de l’imaginaire pour s’inscrire sur le terrain paradoxalement plus glissant de la réalité. En cela, elle n’est pas plus utopique que nos démocraties. Avant 1789, il ne faut pas oublier que la République n’était encore qu’une utopie. Quand on voit ce que nous en avons fait, le double-sens de l’utopie prend même toute sa dimension… Pour Auroville, l’Histoire en est encore à ses balbutiements. Utopie ou pas, les Aurovilliens n’ont pas eu besoin d’attendre que l’avenir dise quoi que ce soit, ils se sont mis au travail, consciencieusement, et on ne peut que les saluer pour l’effort accompli. Si la réalisation de ce projet pouvait sembler impossible, elle a pourtant eut lieu. Je ne vais pas revenir sur la création d’Auroville, d’autres l’on fait avec beaucoup plus de légitimité et d’envie. Non, je voudrais simplement vous parler de ma (toute) petite expérience d’Auroville. Deux petits jours. Deux journées trop courtes et qui m’ont donné envie d’y revenir. Bientôt peut-être.

Apparemment, plutôt qu’une utopie, la Mère (c’est elle qui eut la vision d’Auroville) parlait d’un rêve. C’est plus juste. Avec plus de naturel que les utopies, les rêves ont la possibilité de se réaliser. Chez More, cette réalisation était certainement envisageable (car fondée), mais il lui manquait probablement l’élan que seul possède le rêve. L’impossible mis à part, il y a donc bien de l’utopie à Auroville dans cette propension à élargir incessamment les champs du réel. Du réalisable au réalisé, il y a parfois alors plus qu’un simple pas. En somme, l’utopie réside aussi dans une certaine idée de la perfection et d’une société qui y aspire sans pour autant pouvoir se réaliser complétement en ce sens, focalisée sur un point à l’infini duquel il s’agirait de se rapprocher plutôt que de l’atteindre, la perfection n’étant probablement pas à l’échelle de l’homme. Pas encore en tout cas. Alors certes Auroville n’est pas parfaite, mais elle n’a jamais prétendu l’être. Elle a simplement défriché de nouvelles voies, comme autant d’alternatives améliorables à nos impasses sociétales. Auroville se veut être un laboratoire. Les laboratoires sont loin d’être parfaits. Ils tâtonnent. Mais ils tâtonnent dans le réel et offrent parfois de fabuleux remèdes aux maux de ce monde. Voilà ce que j’ai ressenti à Auroville. Cet élan comme un écho à nos appels de plus en plus nombreux. Et derrière cet élan, quelque chose de fort, de très fort.

Un égrégore qui ne s’embarrasse pas des vicissitudes du temps et qui opère.

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L’une des communautés d’Auroville ©voyagesadeux

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L’architecture d’Auroville ©voyagesadeux

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L’une des communautés d’Auroville ©voyagesadeux

 

Au centre d’Auroville il y a un banyan, cet arbre sacré dont les lianes partent des branches pour créer de nouvelles racines. C’est le cœur d’Auroville. Et à quelques mètres du bayan il y a le Matrimandir : une soucoupe volante qui ressemble un peu à une balle de golf géante et dorée. C’est l’âme d’Auroville. Je n’ai jamais vu d’endroit pareil. On est à mi-chemin entre Avatar et Bienvenue à Gattaca. Il y a aussi quelque chose de la fontaine d’Aronofsky dans l’union de ces deux-là. Pardonnez mes références de cinéphile, mais je n’ai pas d’autres points de comparaison dans la réalité. Et c’est là la première force d’Auroville, la création d’une nouvelle mythologie qui invite à la transcendance tout en se mettant à l’abri des dérives auxquelles peuvent succomber trop facilement toutes nos religions. Car oui, Auroville est une ville laïque, mais une ville laïque toute entière orientée vers la conscience divine. Pas facile. En fait, c’est presque incroyable. Incroyable à voir, à entendre certainement aussi, et même à vivre.

L’émotion est à la fois esthétique, spirituelle, humaine et je souhaite à tout le monde de se rendre au moins une fois dans sa vie dans cet endroit hors du commun, même si certains seront sans aucun doute imperméables à ce que d’autres ressentent

Je vais essayer de m’en tenir aux faits. Tout est très bien organisé et les visiteurs ne rentrent pas comme dans un moulin. Il faut passer un peu de temps sur place. Il faut prendre rendez-vous et il faut être à l’heure. Sous le banyan, certains se concentrent, d’autres contemplent, il y en a peut-être qui se relaxent simplement quand d’autres se reconnectent à la nature. Dans le Matrimandir, c’est une autre expérience ou plutôt un autre niveau de la même expérience. On entre en silence dans la boule. Là, le béton côtoie le cristal. Le présent se conjugue au futur. A moins que ce ne soit l’inverse. C’est très doux, la moquette, les gens, la lumière et l’ombre. Il fait bon. On monte jusqu’à la chambre principale, une sphère blanche où sont disposées en cercle douze colonnes autours de quatre étoiles dorées à six branches. Sur les étoiles il y a une boule de cristal et dans le cristal tombe, depuis le haut de la sphère, un rayon de lumière. C’est tout. Il n’y a pas d’image, pas d’encens, pas d’autres objets que des tapis et des coussins blancs pour s’asseoir. Il y est interdit de faire du yoga où de s’adonner à des postures religieuses. C’est un endroit pour se concentrer. Il y règne un silence de vie, un silence dont je pourrais dire qu’il est empreint d’une certaine musicalité. Et quelle vision géniale que ce rayon de lumière ! Le silence et la vie n’ont peut-être jamais étaient si bien sublimés par la main de l’homme. Rien qu’en cela, le Matrimandir est certainement l’une des réussites architecturales (mais pas que) majeures de son siècle. Ici, nous ne sommes plus dans le domaine des mots, mais de l’expérience. A vous donc d’écrire la suite.

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Le Matrimandir d’Auroville ©voyagesadeux

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Le Matrimandir d’Auroville ©voyagesadeux

 

Que dire de plus ? Il y aurait tellement de choses à ajouter, mais avec deux jours seulement sur place, je pense que j’en ai déjà dit pas mal. J’ai surtout dit ce qui est venu en premier, ce qui, inconsciemment peut-être, m’a paru essentiel. Je pourrais parler de la vie sur place, des villages tamoules qui sont éparpillés au milieu des différentes communautés d’Auroville, des maisons-ovni, d’une réorganisation du monde à inventer, de l’absence de justice mais de la nécessité d’être juste, des gens qui travaillent dans l’idée du karma yoga, des gens qui ont l’air heureux et qui nous prennent en stop sans qu’on leur demande quoi que ce soit ou qui prennent le temps de discuter longuement et sans fard avec nous, des échecs aussi comme celui d’une indépendance avortée et de l’argent toujours menaçant, mais surtout des réussites, de cette magnifique idée du vivre ensemble et de toutes les recherches associées comme autant d’efforts pour améliorer notre condition. J’ai trouvé Auroville très loin de cette présentation un peu fade, voire pessimiste, que j’avais lu dans le Guide du Routard, même si un Aurovillien m’a par la suite confirmé que cette vision était pourtant également juste. C’est certainement un autre aspect de cette réalité, un des nombreux visages de ce rêve qui, chaque jour, est en train de se réaliser.

3 réponses to “Auroville, la possibilité d’un ailleurs, ici et maintenant.

  • Cette vile me semble être un mystère. Les rares personnes qui m’en ont parlé en ont toutes dits quelque chose de très différent. Comme tu le dis, l’architecture st difficilement comparable à ce qui existe déjà.
    L’Inde n’est pas un pays qui m’attire, mais cette ville mystérieuse ne cesse d’attiser ma curiosité. J’aimerai surtout savoir ce qu’il en est de la vie des gens sur place.

  • De beaux mots pour ce bel endroit.

  • C’était déjà dans mes plans d’y aller, j’en suis d’autant plus convaincue aujourd’hui. En y restant une semaine, peut être pourrai-je compléter ce témoignage? Merci 🙂

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