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Immersion dans la trance goa en mode vilain petit canard

Je dois bien l’avouer, je ne partais pas gagnant. Mais j’essayais de rester ouvert et c’était là le principal. Manque de bol, j’avais oublié mes boules Quies à l’hôtel et dès qu’on est arrivés sur les lieux du crime j’ai perçu la musique comme une agression. Trop de beat tue le beat ! Et puis trop de basses, trop de volume… Impossible de rentrer dedans. Pour moi, ce n’était pas de la musique mais du bruit. Comme rien ne servait d’écouter plus (les morceaux s’enchaînaient et se ressemblaient) je regardais autour de moi.

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Analyse enthnologique dans une soirée trance Goa ©voyagesadeux

 

Premier signe étrange : personne ne danse de la même façon ni du même rythme. Une valse, un tango, tout le monde les danse pareil, avec plus ou moins de classe. La country, c’est pareil, la classe en moins. Le hip-hop aussi a son propre rythme. Ici, c’est chacun son rythme et j’ai un peu l’impression que je n’ai pas pris assez de drogue (j’avais misé sur de la bière et du fenny, pauvre de moi) pour en « profiter ».

En même temps, quand j’en vois certains, je me dis qu’on leur mettrait La Zoubida ils ne feraient pas forcément la différence.

Deuxième signe : comme un ethnologue j’étudie désormais cette foule aussi étrange qu’étrangère et je commence à en tirer quelques profils. D’abord, il y a une majorité qui me ressemble, des gens qui sont venus voir mais qui n’ont visiblement pas grand-chose à faire de la trance goa. Ils ne prennent pas de drogue non plus (ou pas assez) et dansent mollement sur une musique qui semble les ennuyer. Après il y a les vrais, ceux qui adorent cette musique (et certainement la drogue), ils sont dans leur monde, repliés sur eux-mêmes et bougent leur corps de façon désordonnée. Il y a d’autres « vrais » dont je n’arrive pas à savoir s’ils aiment la musique mais n’aiment pas danser, s’ils n’ont pas réussi à se fournir pour ce soir, s’ils sont sinon venus cherchés une créature à se ramener pour la nuit où s’ils sont simplement là pour tromper l’ennui. Après tout, quand tu vis ici à l’année, il faut bien trouver quelques occupations de plus que de traîner sur la plage. Dans tous les cas, ils sont aussi statiques que moi et ils regardent autour d’eux avec un regard aussi attirant que celui d’un videur de boite de nuit. Ensuite il y a les faux, ceux qui voudraient ressembler aux « vrais », alors ils essaient de danser de façon désordonnée, ils créent des mise en scène plus folles que celle du voisin. Ils finissent par ressembler un peu aux vrais, comme des étranges reflets. On les reconnaît à leur regard. Les vrais ne regardent pas, ils regardent à l’intérieur d’eux-mêmes. Les faux cherchent de l’attention. Ils ne sont pas dans leur monde, ils cherchent la porte qui les conduira dans le monde des vrais. Ensuite il y a les Indiens, des vacanciers de Mumbai pour la plupart. Ce sont les seuls qui ont l’air de s’amuser (ce sont les seuls qui sourient) même si ça pourrait paraître parfois un peu forcé. Disons que l’on voit assez clairement que c’est l’ambiance qui les attire plutôt que la musique. Au moins ils ont l’air de profiter du moment, contrairement aux autres qui ont l’air de tirer la gueule. Il y a ceux de l’étage aussi. Malgré le volume, ils sont assis dans leur siège et ne bougent pas, même pas le petit doigt.

C’est la première fois que je découvre une musique qui peut rendre les gens aussi désordonnés et aussi statiques en même temps.

D’ailleurs, et c’est valable pour quasi tout le monde, même les « vrais » qui viennent de couper leur trance intérieure, quand ils se déplacent pour aller aux toilettes ou chercher une conso, ils ne dansent plus, ils avancent comme étrangers à cette furie. Quant aux quelques locaux venus vendre des sandwichs et des cigarettes sur leur stands ambulants, ils ont également l’air de subir la musique plutôt qu’autre chose, sinon j’imagine qu’ils dodelineraient un peu de la tête ou qu’ils auraient au moins un pied pour battre le tempo, comme par réflexe. Enfin il y a les enfants, des petits mendiants de même pas dix ans qui passent entre les jambes et viennent demander de l’argent. Eux non plus ne dansent pas, ils ont « mieux » à foutre. Il est quatre heure du matin. Ils doivent être un peu fatigués.

Dernier signe : à regarder tous ces gens et à étudier tous ces profils, on se dit qu’on est loin de la fête alternative et bon esprit telle qu’elle a pu s’implanter ici il y a quelques décennies. Aujourd’hui, la trance goa semble surtout une économie parallèle qui brasse pas mal de lakhs (cent mille roupies) et contribue, par sa mythologie, à entretenir le tourisme local.

Je n’ai pas dansé, je n’ai pas aimé la musique, je n’ai pas aimé l’ambiance mais je n’ai pas passé une mauvaise soirée. J’ai expérimenté la trance goa, à ma manière, et si je ne suis pas certain de vouloir retenter l’expérience un jour, c’est toujours une aventure de plus au compteur.

 

5 réponses to “Immersion dans la trance goa en mode vilain petit canard

  • Ya des tests qu’il ne vaut mieux pas s’infliger, et celui-ci en fait partie aha 😀

  • M’ouais … Tu tires des conclusions un peu trop vite 😉

    • Aurait-il fallu qu’il s’inflige une soirée supplémentaire pour revoir son jugement qui n’est qu’un simple constat ?

  • Mon expérience à été bien différente, j’ai vraiment adoré cette ambiance et cette musique particulière 🙂 (sans prendre de drogue)

    • Comme quoi, toutes les expériences sont possibles ! Merci pour votre témoignage 🙂

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