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Notre week-end à Mumbai, la Côte d’Azur de l’Inde

Au cours de mes différentes lectures, j’ai remarqué que les auteurs de récits de voyages ponctuaient toujours leur aventure d’un chapitre scatophile. Faire rire le lecteur en racontant l’épisode diarrhéique qui les a terrassés au fond d’un pays du Tiers-Monde, avec force de détails graphiques bien sûr, semble la garantie d’un best-seller. Comme je suis une fille et qu’il est bien connu que les filles ne font pas caca, je vais préserver le mystère en vous épargnant la description de mon intoxication alimentaire, mais si la tourista est réellement un rituel de passage prouvant la réussite d’un voyage, autant dire que je l’ai réussi haut la main. Le fait est que cette mésaventure m’a poussée sans le vouloir à commencer et finir notre week-end à Mumbai dans un McDonald’s. Comme si la seule nourriture que pouvait tolérer mon estomac se réduisait à des restes de poulet, aussi appelés nuggets.

Colaba, où l’on apprend que l’on peut être une femme en Inde

Je savais que les bistrots de quartier pouvaient être une source d’inspiration pour les auteurs du réel, mais j’ignorais jusqu’alors qu’un fast-food avait aussi ce potentiel. Se poser dans un McDonald’s de Colaba est fascinant. On y a découvert un visage de l’Inde qui nous était inconnu jusqu’à présent : celui de la jeunesse dorée. On a alors rapidement constaté qu’être une ado à Mumbai où à Juan les pins, c’est un peu le même combat si on est née dans la bonne cas(t)e.

Les demoiselles se mitraillent en groupe à coup de selfies sur Snapchat, une autre fait semblant de bosser sur son Mac en regardant un épisode de In the Middle, une dernière arrive sur son 31, maquillée comme une voiture volée pour être à la hauteur du McChicken que lui a réservé son chéri pour leur rendez-vous galant. Un vrai festival du paraitre où le sari traditionnel a été troqué contre un bon vieux Levis et une paire de RayBan. On est très loin des vingt kilomètres de bidonvilles traversés la veille en taxi, qui nous ont donné envie de repartir de Mumbai aussitôt arrivés.

Mais comme on avait fini par dénicher un hôtel pas trop cher (25€, une boîte à chaussures sans salle de bain, un must pour les petits budgets #lol) on a décidé de laisser un jour et demi à cette grande ville aux écarts de richesses aussi écœurants qu’intrigants. L’analyse ethnologique du MacDo a été confirmée le soir même dans un pub où nous avons pu boire notre première bière depuis des lustres : oui, on pouvait être une femme en Inde, trinquer avec ses potes en riant très fort, le cul moulé dans un slim et l’épaule tatouée ! Et quelque part, ça faisait plaisir à voir. Peut-être que cette nana n’avait jamais mis les pieds dans certains quartiers plus pauvres de Mumbai, ou peut -être prenait elle un taxi avec clim et vitres teintées pour se déplacer en ignorant les mendiants qui croupissent sur les trottoirs de sa ville, mais la voir heureuse, pas préoccupée par les regards de 30 millions de dieux qui n’ont que foutre de son comportement, avait bêtement le pouvoir de me rassurer.

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Ceci est une chambre de rêve à Mumbai ©voyagesadeux

 

Peut-être aussi avait-elle lu « Lady, you are not a man » d’Apurva Purohit, qui explique aux femmes comment gagner leur indépendance et devenir forte dans une société où le machisme semble avoir été inventé ? Feuilleté dans une librairie du quartier artistique de Kala Ghoda ce bouquin a failli rejoindre ma bibliothèque, pour la blague. J’ai préféré garder mon argent et me balader entre les boutiques à l’architecture victorienne, les galeries d’art moderne et les supermarchés dignes des galeries Lafayette.

 

« En fait, t’es pas malade ! T’es juste en manque d’Occident ! »

Je concède volontiers qu’écouter The Sun et Metronomy en humant des flacons Mugler après trois mois de klaxons et d’odeur de merde avait un petit côté réconfortant. Pour un peu, j’en aurais presque oublié ma dysenterie ! Quitte à être dans une ville indienne qui veut à tout prix calquer l’Occident, autant soigner le mal du pays en se faisant un peu plaisir, non ?

Quand y’en a marre, y’a Malabar (Hill)

Dans ce sens, nous avons poussé le vice jusqu’au Super Cannes de Mumbai : Malabar Hill. Summum du luxe, on a même pris un taxi pour y arriver ! De quoi profiter des plages au passage qui nous ont fait frétiller à l’idée de rejoindre Goa le lendemain, et des barres de gratte-ciel au loin à faire passer Miami pour un village de vacances.

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Welcome to Mumbai ! ©voyagesadeux

 

Sur place, on cherche rapidement les tours du silence parsis dont mon père nous avait parlé avant notre départ. Des Indiens qui donnaient leurs morts à bouffer aux vautours, il fallait voir ça. La porte nous est restée close mais l’odeur de pourriture s’est mêlée aux vents marins au point de nous filer la gerbe.

On a donc rebroussé chemin à pieds cette fois, jusqu’à la plage en passant par les beaux quartiers de Mumbai et ses jardins suspendus, avec leur petit côté réservé aux vieux, puis nous sommes tombés sur le temple jaïn un peu plus bas. Comme le hasard fait bien les choses, nous sommes arrivés en pleine cérémonie. Un vrai festival de couleurs, de sons et d’odeurs d’encens bien plus chaleureux que nos messes du dimanche.

Comme pour ponctuer ce joli moment, nous avons fait une rencontre aussi sympathique qu’excentrique à la sortie du temple. Après trois mois en Inde du nord, on avait l’habitude d’être pris en photos. Les Indiens ont la gâchette de l’appareil ou du smartphone plus rapide qu’un gang de Japonais devant la Tour Eiffel. C’est simple, ils posent devant absolument tout ce qu’ils rencontrent, même avec votre propre appareil pour vous offrir un souvenir, font parfois demi-tour en scooter pour vous demander une photo et parfois ne vous demandent même pas votre avis. Alors quand ce petit bonhomme assez âgé s’est approché de nous on s’est dit qu’on allait avoir droit au laïus habituel « Where you from, my friend ? Picture ? Ok, ten roupies». Comme il était souriant et nous de bonne humeur on s’est prêtés au jeu chacun notre tour.

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La fête au temple jaïn de Mumbai ©voyagesadeux

 

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Rencontre inopinée à Mumbai ©voyagesadeux

 

A partir de là, notre top-modèle senior n’a plus voulu nous quitter. On a d’abord cru qu’il allait nous demander de l’argent  mais il souhaitait seulement nous accompagner et nous donner des informations sur le Rajasthan dont il était originaire. On a eu beau lui expliquer qu’on en venait, il a tenu à nous donner une petite feuille avec une liste des belles choses à voir dans cette région puis nous a demandé, si on avait le temps, de lui envoyer des euros car il fait la collection des monnaies étrangères. Puis le bonhomme s’en est allé après nous avoir serré la main. Alors, oui, il nous a en quelque sorte demandé de l’argent  mais je préfère penser qu’il est réellement numismate et que sa rencontre n’allait être que la première d’une longue liste d’Indiens gentils.

A Mumbai, tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil !

Deux minutes après, j’ai eu la confirmation de mon pré-sentiment en croisant un groupe de jeunes en pleine course d’orientation. L’un de leur challenge était de se prendre en photo avec des étrangers. Encore et toujours… On a accepté parce qu’ils nous ont fait marrer et payé en tablette de chocolat. Près de la plage enfin, tout Mumbai a tenu à nous indiquer quel bus prendre pour rentrer à Colaba, où nous arrêter, de faire attention à nos têtes en nous assoyant, et thank you, have a good journey M’me and Sir !

Plus on avançait et plus je commençais à comprendre ce que tous les voyageurs disaient de l’Inde : il y avait bien une nette différence enter le nord et le sud. Désormais, on s’est donc dit que tout allait se passer comme sur des roulettes. Et croyez moi, jusqu’à présent on a eu raison !

3 réponses to “Notre week-end à Mumbai, la Côte d’Azur de l’Inde

  • Je rêve de visiter ce pays mais j’ai pas mal d’appréhension. Cependant, ton post m’a vraiment donné envie! Le plus cool des voyages, c’est vrai que c’est les rencontres 🙂

  • C’est vrai que ça a dû être assez déroutant ce « retour en Occident » mais ça donne envie de découvrir cette ville mythique. Très sympa ce récit!

  • Pays de contrastes ça c’est sûr ! Je n’ai jamais fait vécu l’expérience du MacDo de Mumbaï, c’est très représentatif du contraste en effet… Je doute aussi que votre mannequin senior soit numismate mais c’est une anecdote d’une drôlerie 🙂

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