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De Saint-Martin à Goa, il n’y a qu’un pas…

Cet article dormait dans mes brouillons depuis longtemps. Je voulais raconter ici mon expérience aux Antilles, mais je me trouvais trop négative avec l’île de mon adolescence. Au final, il m’aura fallu arriver à Goa où tout me rappelait les meilleurs côtés de Saint-Martin, pour avoir envie de recommencer à zéro mon récit et enfin le publier. En débarquant sur les plages d’Arambol, j’ai tout de suite fait un bon de dix ans en arrière.

D’abord, Saint-Martin, c’est un souffle chaud qui te prend au visage sans prévenir dès tu poses le pied sur le tarmac de l’aéroport Princess Juliana. Cette chaleur ne va plus te quitter pendant trois ans et tu passeras donc plus de temps à te dorer la pilule sur le sable ou au bord de ta piscine que dans les salles de classe au point que tu auras ton BAC in extrémis. Entre temps, tu te seras forgée des souvenirs qui mettront plein d’étoiles dans les yeux des gens quand tu leurs diras, sans aucune prétention, mais juste parce que c’est vrai « j’ai grandi aux Antilles ».

D’ailleurs, avez-vous déjà vu à quoi ressemblait un atterrissage à Saint-Martin ? 

Ensuite, Saint-Martin c’est de l’eau partout. Une eau dont tu ne profiteras même pas à moitié parce que tu as une peur panique dès que tes pieds ne touchent plus le fond. Ce n’est pas faute que l’eau soit transparente, chaude comme tu l’aimes et calme le plus souvent ! Alors tu l’apprécies du dessus à toute vitesse, sur un jet-ski, ou de loin en allant admirer les énormes paquebots de croisière qui desservent leur flot de touristes pour quelques heures avant de poursuivre leur croisière dans la mer des Caraïbes vers la Guadeloupe puis la Martinique. Ces géants blancs piquent l’horizon de leurs imposantes cheminées, telles des barres d’immeubles mobiles et composent ton quotidien avec autant de normalité que les yachts de Puff-Daddy, Stallone et Maria Carey. Parfois même tu les croiseras en ville ou sur la plage, pas forcément dans cet ordre, et ils alimenteront les potins de ta classe pendant des semaines.

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Saint-Martin en 2004

 

Car Saint-Martin c’est une école. Pas ce vague souvenir du lycée où tu auras surtout fait criser tes profs mais une petite école de la vie où chaque jour amène son lot d’apprentissage. Comment rouler des joints à la récré et rouler des hanches pour apprendre le dance-hall, cette danse qui ressemble à de la fornication bestiale contre un mur, l’art du gossip qui semble faire vivre l’île entière et celui du répondant quand on t’insulte de « fucking white bitch », celui de la débrouille pour rejoindre l’autre bout de l’île en faisant du stop et en grimpant dans les bennes des pick-ups, et celui de la négociation en franglais pour entrer dans les meilleures boîtes du côté hollandais.

Parce que Saint-Martin vit la nuit, tu commences à connaître les endroits où il faut être le mercredi soir, le vendredi et le samedi. Tu sais que tu peux d’abord aller boire des coups gratuitement au casino si tu fais semblant de jouer aux machines à sous avant d’aller au Bliss pour prendre un Malilbu-Ananas à 2€ puis finir sur la piste du Q-Club et sortir tenir les cheveux de ta meilleure amie qui vomit dans la fontaine de Maho Bay. Parfois tu dois appeler ton père à 4h du matin pour qu’il vienne te chercher, parfois tu appelles le sien. Parfois ils se marrent, souvent ils auraient sûrement aimé avoir des garçons.

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La BFF <3

 

Entre Saint-Martin et Goa il n’y a qu’un pas.

Je n’ai pu que l’apprécier quand ici aussi on m’a accueillie avec de la peinture phosphorescente pour me dessiner de jolies formes sur le visage, quand ici aussi j’ai découvert des sons électro improbables sur lesquels de gentils hippies se trémoussent de façon désordonnée après avoir consommé certaines substances pas très catholiques. Les locaux d’un côté et les touristes de l’autre. Ils se mélangent peu et essaient pourtant de s’imiter les uns les autres. Là où Saint-Martin était influencée par les riches Américains qui venaient dépenser leurs dollars après s’être fait tresser les cheveux par les doudous sur la plage pour avoir le style local, les touristes à Goa se mettent à la philosophie indienne « shanti shanti » et distillent leurs beats démoniaques sur la plage jusqu’à pas d’heure, attirant la jeunesse dorée de Mumbaï dans leur sillage. Une Doloréane aurait été moins efficace pour me faire reculer dix ans en arrière.

Quelques détails (de taille) ont toutefois fait la différence et on vous en parlera très bientôt. Pour l’heure, je me suis rendue compte pour la première fois que Saint-Martin pouvait me manquer. Que je comprenais ces « Métros » qui viennent s’y installer, comme en terre promise, pour tenter de monter un business loin des tracas de l’hexagone. J’ai compris ces Saint-Martinois qui en ont marre de voir tous ces nouveaux colons ravager leur patrimoine, le transformer sans respect, mais qui les envient sans l’avouer pour le sentiment de liberté que seules des vacances peuvent procurer.

Car que l’on reste trois semaines ou trois ans, à Saint-Martin ou à Goa, il ne faut pas se leurrer : à moins d’y être né, la vie aux Antilles comme sur les plages d’Arambol c’est juste de jolies vacances. Et aujourd’hui, je préfère en garder ce souvenir plutôt qu’un autre.

 

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