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Jodhpur, où l’on apprend à apprécier l’Inde pour de vrai

Arrivés à Jodhpur, ça y est, on avait le Rajasthan dans la peau. Cette région aux couleurs ocres pleine de palais, de forteresses, avec le désert tout autour. Nos rencontres devenaient plus cool, contrastant avec le reste du nord de l’Inde (McLeod Ganj mis à part, mais on sait bien que ce n’est pas vraiment l’Inde) et on sentait qu’on commençait à se « faire à l’Inde », à ses petits problèmes du quotidien, ses gros illogismes et surtout son fatalisme qui nous faisait nous-mêmes doucement hausser des épaules.

Well… This is India you know !

Notre arrivée à Jodhpur est donc passée comme une lettre à la poste. On n’a presque pas été étonnés de voir dormir sur les trottoirs des centaines de mendiants quand on est allés dîner, ni de voir une femme au visage à moitié brûlé dans l’hôtel où nous dormions. On nous a dit qu’elle était officiellement tombée sur un feu. Pourquoi pas… On ne cherchait plus à savoir si elle avait été punie à l’acide par son mari ou si elle n’avait juste pas eu de chance. On a aussi arrêté de faire preuve de gentillesse dans les rues bleues qui montent vers le fort Merangarh quand des gamins nous courraient après pour nous réclamer des stylos en nous frappant l’avant-bras. Après tout, quand on s’énervait, on amusait leurs parents qui les envoyaient mendier, alors à quoi bon faire preuve de compréhension ? A force de l’entendre de part et d’autre, on commençait à le penser un peu aussi : c’est l’Inde vous savez.

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Dans les rues de Jodhpur ©voyagesadeux

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Dans les rues de Jodhpur ©voyagesadeux

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Dans les rues de Jodhpur ©voyagesadeux

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Dans les rues de Jodhpur ©voyagesadeux

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Dans les rues de Jodhpur ©voyagesadeux

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Dans les rues de Jodhpur ©voyagesadeux

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Dans les rues de Jodhpur ©voyagesadeux

 

La vie en bleue, c’est beaucoup mieux

On a donc mis des œillères et joué le jeu de l’Inde. Comme dirait Korben Dallas, « Tu veux pas la jouer soft, je suis pas contrariante. Tu veux la jouer hard ? On va la jouer hard. » Armée à bloc, j’ai commencé à négocier férocement la moindre course de rickshaw, la moindre babiole que j’avais envie de m’acheter en souvenir. Matt avait un peu honte mais on faisait des économies. Je me forgeais une carapace d’hérisson avec une telle facilité que mes rapports avec autrui en devenaient automatiquement agressifs. Déjà qu’on me reproche un regard arrogant depuis mon enfance sans que je le fasse exprès (je vous jure, en vrai j’aime les gens, hein !), imaginez quand j’y mets vraiment du mien ce que ça peut donner. Eh bien, pour vous répondre, ça peut entraîner un échange avec une bénévole bossant à l’hôtel où nous étions, qui m’a un peu remis les pendules à l’heure. Sur le coup, je l’ai trouvée d’une condescendance à vomir, avec le recul, je pense aujourd’hui qu’elle avait raison.

D’une manière générale, mais en Inde plus qu’ailleurs, il faut savoir dégager une bonne énergie en permanence pour contrebalancer avec les mauvaises ondes qui nous affrontent de toutes parts.

Ca ne veut pas forcément dire tendre la joue droite quand on tente de m’arnaquer au marché ou qu’un mec me dévisage comme la dernière des catins, mais ne pas avoir un premier contact violent sous prétexte que les Indiens le sont potentiellement (j’entends par là que dans la culture indienne, au nord en tout cas, le bonjour, merci, au revoir n’existe pas et que tout le monde se parle comme du poisson pourri). De toute façon, ils auront toujours le dernier mot ou n’auront que faire de ma façon de penser. J’ai donc pris sur moi, décidé de garder le sourire en toutes situations et ne pas rentrer dans leur jeu quitte à faire ce qui m’est le plus compliqué dans mes rapports humains : être hypocrite.

Magnifique, agréable, phénoménale, époustouflante…

A partir de là, oui Jodphur est devenue magnifique avec ses murs bleus repeints régulièrement pour entretenir le mythe que les petits touristes comme nous étaient venus prendre en photo (et aussi pour protéger des moustiques apparemment). Oui l’Umaid Bhawn, le palais de Jodhpur où vit encore la famille royale est agréable à visiter et donne l’occasion de croiser quelques Indiens hilarants à vouloir se prendre en photo devant chaque voiture de collection exposée. Oui, le fort Merangarh de Jodhpur (où Nolan a tourné son Dark Knight Rises) est tout simplement phénoménal et offre une vue époustouflante.

Autant de superlatifs qui, mis bout à bout, peuvent te vendre n’importe quelle destination de voyage pour peu que tu y viennes uniquement dans le but de te composer un bel album photo. Mais l’humain dans tout ça ?

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Le palais royal de Jodhpur ©voyagesadeux

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Le fort de Jodhpur ©voyagesadeux

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Le fort de Jodhpur ©voyagesadeux

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Les épices de Jodhpur ©voyagesadeux

 

Prendre de la distance pour trouver du beau, du vrai

On s’en était rendus compte dans le Shekhawati, il fallait parfois sortir des sentiers battus pour rencontrer de vraies belles personnes. L’occasion nous a été donnée de réaliser un « safari villages tour » dans les alentours de Jodhpur. L’idée me répugnait d’avance. Je nous voyais déjà armés de notre petit appareil photo, au milieu d’un groupe de touristes à chaussettes montantes et bob à revers, en train de shooter sans vergogne les paysans pour ramener des « souvenirs authentiques » à nos proches en nous faisant passer pour des Indiana Jones. Un cauchemar ! Le fait est que je voulais absolument rencontrer des Bishnoi, que nous avions peu de temps dans la région, et que partir dans ces villages sans guide capable de parler leur langue était difficile. Alors on a plié et on a bien fait. Finalement, nous n’étions que deux couples. Nos compagnons d’un jour étaient d’ailleurs adorables : lui, Hollandais (mais sans bob à revers) et elle Thaï et mimi à souhait. Quant au tour (je ne peux toujours pas me résoudre à utiliser le mot safari pour évoquer des êtres humains), il nous a permis de faire parmi les plus belles rencontres de notre voyage.

Les Bishnoi, ce peuple hors du commun

Comme toujours, on a constaté que les personnes les plus humbles et généreuses étaient celles qui possédaient le moins. Les Bishnoi en sont le parfait exemple. Ce peuple autrefois retiré dans le désert et aujourd’hui sédentarisé à 20 kilomètres de Jodhpur a pour doctrine religieuse principale de prendre soin des animaux autant que des êtres humains. En résulte des moments de grâce comme une femme qui va donner le sein à un bébé gazelle si celui-ci a perdu sa mère. Une bonté divine qui n’est pas sans contrepartie. Les Bishnoi continuent de vivre comme à la création de leur communauté. Les enfants sont promis en mariage les uns aux autres dès leur naissance ou presque (même si c’est en train de changer, le gouvernement ayant interdit cette pratique), les femmes travaillent aux champs dès 5h du matin et les hommes à la ville pour vendre le lait des animaux… mais tout ne se passe pas pour autant dans le meilleur des mondes. La ville étant ce qu’elle est devenue, les hommes ont commencé à boire, à voler. Certains se retrouvent en prison, d’autres alcooliques et leurs femmes seules pour élever leurs enfants avec l’interdiction formelle de se remarier. Quelque part, on se dit donc heureusement que nos vilains safaris villages tours existent pour les aider un peu !

Notre tour s’est poursuivi chez des bergers, des potiers et même un fabricant d’opium qui nous a fait goûter la fameuse drogue interdite sous forme buvable, à travers un rituel précis en trois gorgées. Verdict ? Je ne suis pas prête d’écrire une suite aux Fleurs du mal, puisque je n’ai senti aucun effet. Peut-être aurait-t-on du insister pour en consommer plus, à la manière de Mick Jagger qui aurait bu dans la main de notre dealer d’un instant plus d’une dizaine de fois ? Rock n’ Roll !

Peut-être aussi que ça nous donnera l’occasion de revenir à Jodhpur un jour, plus longtemps, mieux préparés. A méditer…

10 réponses to “Jodhpur, où l’on apprend à apprécier l’Inde pour de vrai

  • Le bleu des rues de Jodhpur … J’avais beau essayer de le prendre en photo, il ne rendait jamais aussi beau qu’en réalité ! Je rêve d’y retourner, merci pour cet article qui me donne furieusement envie de rouvrir mon album photo 🙂 A bientôt, les Décalées !

  • Je ne connais qu’une toute partie du sud de l’Inde, dans le Tamil Nadu, mais je reconnais quelques traits de caractères de certains indiens dans ton récit ! Je découvre tout juste votre blog, je vais continuer ma lecture avec vos autres articles consacrés à l’Asie 😉

  • J’ai été en Inde 2 fois, la derniere fois en Inde du sud ou je me suis sentie bien mieux qu’au Nord … J’aurais adoré découvrir Jodphur , ou Udaipur, bref les joyaux du Nord que nous n’avons absolument pas parcouru lors du 1er séjour.
    Par contre, nous sommes passés à Calcutta et ça marque ..
    La seconde fois, c’était à Chennai , logée dans une famille pour une mission humanitaire, j’ai adoré, c’est vraiment une façon totalement différente de découvrir l’inde et de l’aimer dans toutes ses composantes et paradoxes ( et elle n’en manque pas !! ) …
    Merci pour ces belles photos !

  • Un beau récit qui bus permet de saisir parfaitement l’insaisissable ; l’humain.

  • C’est pas facile l’Inde, et pas facile à expliquer non plus, mais tu le fais plutôt bien, merci !

  • Merci pour ce beau récit olein de sincérité et ces belles images.

  • Pas évident de trouver tout de suite la bonne posture, la bonne attitude ! J’ai parfois aussi mis du temps à trouver le juste milieu sur mon comportement lors de visite dans des pays européens comme ceux plus lointains ! Certaines situations me laissent perplexes mais on doit passer outre pour ne pas gâcher la rencontre avec le reste (les habitants et le voyage)!
    C’est un très bel article avec un témoignage très honnête bravo et que dire de vos photos ! Elles sont superbes ! à bientôt 🙂

  • Belle découverte ce blog, j’adore ton écriture ! (Et du coup j’ai encore plus envie d’aller à Jodhpur, cette ville au nom de pantalon, ou l’inverse). J’aime bien la manière avec laquelle tu as saisi cette ville, dans ton article.

  • Je suis restée une semaine à Jodhpur, malgré que la ville soit énorme elle est agréable et j’ai eu la chance de tomber lors du mewar festival (concert de Manu Chao, Gipsy King, Mick Jagger dans l’enceinte de la forteresse!). Le village Bishnois m’a moi aussi émerveillée par leur histoire.
    Bel article 🙂
    Schuldi

  • Je reviens tout juste d’une semaine de road trip dans le Rajasthan, et c’est marrant de voir Jodhpur, raconté avec d’autres yeux et d’autres mots, mais avec la même sensation globale sur cette ville qui grouille, qui vit, qui marchande en permanence, qui est épuisante (pas autant que Delhi mais la plus épuisante du Rajasthan à mon goût), mais qui offre tellement de merveilles à observer, intégrer et analyser quand tu en sors. Et ce bleu, ce BLEU quoi ! J’y retournerais avec plaisir s’il me restait suffisamment de temps en Inde, car nulle part ailleurs je n’ai retrouvé cette ambiance de fourmilière inépuisable en l’espace de 3 mois en Inde et en ayant pourtant bien sillonné le pays ! Merci pour ce bel article, je suis en train de commencer à préparer le mien, avec d’autres yeux et d’autres mots 🙂 Bonne continuation Marie !

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