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Immersion au Shekhawati, l’Inde hors des sentiers battus

Tout comme pendant notre séjour en Amérique du Sud, après avoir enchaîné Buenos-Aires, Cordoba et Mendoza, l’envie de fuir les grandes villes indiennes pour nous retrouver au calme s’est très vite imposée. En Inde, cette envie était même encore plus grande car si les cités argentines sont vraiment belles, Agra ou encore Patna sont certainement leurs parfaites opposées. Nous n’avions pas retrouvé un semblant de tranquillité depuis le début de notre voyage et nous avions besoin de nous éloigner rapidement des sentiers battus pour ne plus être assaillis par des rabatteurs ou le bruit incessant des klaxons. Nous sommes donc montés tout naturellement dans la région du Shekhawati.

Tout le monde à sa place et une place pour tout le monde

Derrière ce nom très mignon qu’est Shekhawati, presque tribal dans sa prononciation, se cachent un ensemble de petits villages (articulés autour d’un plus grand que l’on a évité) où les gens vivent encore d’autres choses que la mendicité ou la manne touristique. Résumer la population indienne à ces deux mondes serait bien réducteur mais, dans une grande ville, elle semble pourtant se diviser ainsi en grande majorité. D’un côté, ceux qui réclament et de l’autre, ceux qui te font payer. Dans le Shekhawati, on peut croiser toutes sortes de métiers dans une même rue, de façon bien organisée, comme pour ne pas perturber le sacro saint ordre établi du dharma. Les cordonniers d’un côté, les vendeurs de légumes de l’autre, le « pâtissier » en face, préparant ses sucreries, et l’artisan travaillant ses bracelets pas très loin. Autour, quelques boutiques vendent chacune leur lot de petites choses à manger ou vraiment utiles, mais pas de babioles pour touristes ou de prix à négocier vingt fois. Chacun s’affaire à sa besogne sans tenter de faire des affaires ou vendre quoi que ce soit à notre passage. Certains remarqueront à peine notre présence, d’autres lèveront à la tête et devront s’y reprendre à deux fois pour être bien sûr d’avoir croisé deux blancs. Alors ils nous diront forcément bonjour avec un grand sourire ou s’arrêteront pour nous demander une photo souvenir. Ici, on passe soit inaperçu soit tout l’inverse, mais on ne se sent jamais agressé. C’est exactement ce qu’on était venus chercher.

 

Un petit monde en train de changer

Sauf que cette tranquillité semble, comme partout, doucement dériver vers autre chose et nous l’avons découvert de village en village, de discussion en discussion. Il y a d’abord eu Nawalgarh, première étape de notre séjour dans le Shekhawati. Nous avons rencontré un artisan local spécialisé dans la création des foulards. Aujourd’hui, plus personne ne veut de ses longs châles réalisés à la main puisque les machines les impriment plus vite et pour moins cher dans les grandes villes. Alors, à part quand deux touristes comme nous veulent bien apprendre son art pendant un atelier, il tient une petite quincaillerie pour survivre. L’artisanat se perd. A Mandawa, le village le plus touristique du Shekhawati, les gosses ont compris le potentiel de la mendicité déguisée et commencent à imiter les petits rats des villes en suivant les touristes pour s’improviser guides locaux experts en haveli. Car les véritables responsables de tout ce chambardement dans la vie du Shekhawati, ce sont elles : les havelis !

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Les villages du Shekhawati ©voyagesadeux

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Les villages du Shekhawati ©voyagesadeux

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Les villages du Shekhawati ©voyagesadeux

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Les villages du Shekhawati ©voyagesadeux

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Les villages du Shekhawati ©voyagesadeux

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Les villages du Shekhawati ©voyagesadeux

 

Un patrimoine historique qui regagne ses lettres de noblesse

Pendant longtemps abandonnées, certaines le sont d’ailleurs encore, les havelis du Shekhawati sont en train de s’offrir une nouvelle carrière. Après avoir été les maisons de quelques riches commerçants, ces demeures typiques du Rajasthan se transforment pour certaines en musées, d’autres en hôtels, et leur entrée devient payantes afin d’entretenir la conservation des fresques murales qui font tout leur intérêt, mais parfois aussi le compte en banque de quelques riches propriétaires ayant hérité de la demeure. Je grossis le trait. Certains d’entre eux commencent à comprendre l’aspect primordial du patrimoine et se renseignent pour apprendre à restaurer des fresques qui ont parfois plus de 150 ans. Ainsi, la très belle haveli Nadine Le Prince (du nom de sa nouvelle propriétaire, une artiste française) donne l’exemple à ses petites sœurs dans toute la région. Cette haveli de Fathepur a retrouvé son visage d’antan et toutes les peintures ont été rénovées avec soin. Ceci a un prix : 200 roupies l’entrée (3€), mais une visite pour une fois vraiment riche de détails et en français, s’il vous plaît ! On apprend ainsi que chaque pièce à un rôle bien défini : une cour pour les invités et les affaires, une autre pour les femmes cachées des regards par une architecture typique tout en dentelle de pierre,  une chambre centrale pour le maître avec des couloirs aménagées pour ses musiciens, des petites pièces pour ses maîtresses et ses femmes, une cuisine pour la viande et une autre pour le reste… Le tout est baigné de lumière, préservé de la chaleur et surtout (c’est le plus important) habillé de peintures dont les images valent plus que les mots. Voyez plutôt.

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Les havelis du Shekhawati ©voyagesadeux

 

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Les havelis du Shekhawati ©voyagesadeux

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Les havelis du Shekhawati ©voyagesadeux

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Les havelis du Shekhawati ©voyagesadeux

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Les havelis du Shekhawati ©voyagesadeux

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Les havelis du Shekhawati ©voyagesadeux

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Les havelis du Shekhawati ©voyagesadeux

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Les havelis du Shekhawati ©voyagesadeux

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Les havelis du Shekhawati ©voyagesadeux

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Les havelis du Shekhawati ©voyagesadeux

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Les havelis du Shekhawati ©voyagesadeux

 

Certaines havelis sont aussi gratuites, surveillées par un ou deux gardes dormant dans une petite aile de la maison et ouvrant les portes aux quelques visiteurs sans même réclamer un pourboire. Quand on leur demande où est le propriétaire, on nous répond Calcutta ou Mumbai, pour affaires. Parfois il rentre une fois l’an, faire acte de présence et réclamer sa recette, souvent on ne l’a pas vu depuis longtemps. Pourquoi les gardes ne prennent-ils pas plus leurs aises dans ce cas ? Le dharma on vous a dit ! Chacun à sa place !

Quelles havelis visiter dans le Shekhawati ?

Certaines havelis valent plus le détour que d’autres mais notre seul conseil sera de les découvrir par vous-mêmes en prenant le temps de vous perdre dans les rues de chaque village, sans passer par une agence ou un guide pressé qui a ses préférences en fonction du pot de vin que telle ou telle haveli lui a versé. On a beau être hors des sentiers battus, on reste en Inde !

Nos préférences :

  • L’haveli Nadine le Prince à Fathepur (dont on vous parlera rapidement dans un billet dédié)
  • La Bhagton ki Choti Haveli à Nawalghar (notre village préféré) où la visite est gratuite et avec une vue spectaculaire sur les toits
  • La Podar haveli à Nawalghar encore, malgré certaines pièces musées un peu inutiles (1.50€)
  • Et d’une manière générale, les vieilles havelis côté sud est à Mandawa, même si c’est le village qu’on a le moins aimé
Notre conseil : n’hésitez pas à toquer aux portes et arborer votre plus beau sourire pour demander aux gens qui habitent certaines havelis de vous faire un petit tour du propriétaire. Certains seront heureux de vous laisser entrer ! 

Nawalghar, Mandawa et Fathepur se visitent en une journée si vous avez une voiture, mais laissez à ces villages plus de temps pour mieux les apprécier, découvrir certaines fresques rongées par la poussière et le soleil, et d’autres très bien conservées ou rénovées tout en couleurs chatoyantes. Enfoncez-vous dans les bazars pour tâter la température pittoresque, manger des pakoras avec les vieux du village ou juste observer la vie rurale avant qu’elle ne soit rattrapée par les maux des cités. Si certains établissements touristiques commencent à pousser comme des champignons (surtout à Mandawa), il y a fort à parier que la tranquillité des lieux ne devrait pas tarder à être complètement chamboulée. Les axes principaux des villages commencent d’ailleurs déjà à devenir bruyants et pollués. Alors profitez-en… mais pas tous en même temps !

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