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Quand l’Inde se fait coquine : notre visite aux temples érotiques de Khajuraho

Khajuraho devait être la première étape de notre séjour dans la région du Madhya Pradesh avant de descendre plus au sud vers les peuples tribaux du Chhattisgarh. Sauf que quelques jours plus tôt, Harish, notre hôte à Varanasi, nous a annoncé un massacre sanglant entre ces peuples et nous a déconseillé de nous y rendre. Soixante morts, même en Inde ce n’est pas rien. Courageux mais pas suicidaires, nous avons donc annulé nos projets hors des sentiers battus (le Chhattisgarh est assez peu visité), mais sommes quand même allés à Khajuraho.

Après tout, une ville qui a droit à une double page illustrée dans le Lonely Planet doit avoir de belles choses à proposer !

Crise touristique oblige, nous sommes assaillis dès la sortie du train comme ça nous est rarement arrivé. Nous qui pensions que Khajuraho serait plus calme (parce que plus petite), et qu’on pourrait s’y balader tranquillement, nous nous sommes bien trompés. Certes, la ville est moins polluée, bondée ou même visitée. Mais justement : cela à un prix surtout quand les touristes que nous sommes se font rares. Résultat, tel des abeilles autour d’un pot de confiture, une foule de rabatteurs  nous prend pour cible à peine le pied posé en gare. Rickshaw, hôtel, restaurant, guide… on a eu droit à tout. Découragée par le bzzzbzzzbzzz incessant, j’ai laissé Matt gérer la situation. Nous avons grimpé dans un rickshaw, direction un hôtel conseillé par un rabatteur qui s’est assuré de faire la route avec nous pour prendre sa petite commission à l’arrivée et nous proposer une visite guidée dans la foulée. La magie de l’Inde comme certains disent…

 

Dans les rues poussiéreuses avec Tic et Tac, des temples jaïns au cœur du Khajuraho authentique

Nous avons vite constaté que nous aurions pu faire un simple aller-retour à Khajuraho si nous n’avions pas traîné, tant il n’y a rien à y faire ou presque. Comme nous avions déjà payé l’hôtel pour deux nuits, nous avons pris notre temps et avons commencé par nous éloigner des points d’intérêts touristiques pour découvrir le vieux village. A nouveau, à peine sortis de l’hôtel, nous avons littéralement compté jusqu’à trois avant de nous voir proposer un vélo que l’on a décliné une première fois gentiment, une seconde fois fermement, une troisième fois d’un « I SAID NO ! » expéditif. Depuis, Matt m’a surnommée « The Punisher » ce que je n’apprécie pas des masses, mais j’apprécie encore moins de devoir répéter trois fois la même chose, surtout au bout de deux mois et ce tous les jours.

Plus loin, nous sommes abordés par un gamin qui veut bosser son anglais. Il nous accompagne jusqu’aux temples jaïns et sa compagnie n’est pas désagréable alors on commence à discuter pour l’aider en classe. Un de ses petits camarades ne tarde pas à nous rejoindre et à monopoliser la conversation avec une gouaille de vendeur de tapis qui ne nous dit rien qui vaille. Les deux compères nous abandonnent à chaque temple pour que nous fassions les visites tranquilles. Moi qui attendais depuis longtemps de découvrir des Jaïns, intrigués par leur culte, je n’en ai trouvé qu’en photo, dans le plus simple appareil, sur les couvertures de certains bouquins vendus à l’entrée de leurs temples. Première mise en bouche avant le clou du spectacle que nous allions découvrir le lendemain. L’architecture est splendide, avec la richesse des détails sculptés, et l’atmosphère vraiment sereine. En sortant, nous passons rapidement au musée jaïn pour admirer certaines statuettes préservées hors des temples après nous êtres acquitté d’un droit d’entrée dérisoire. Au passage, nous saluons le jardinier en plein replantage de fleurs. Cinq minutes après, il nous interpelle pendant la visite d’un « Allo, 10 roupies ? ». Pourquoi, puisqu’il a déjà un métier ? Allez savoir…

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Les temples jaïns de Khajuraho ©voyagesadeux

 

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Les temples jaïns de Khajuraho ©voyagesadeux

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Les temples jaïns de Khajuraho ©voyagesadeux

 

 

Nous retrouvons Tic et Tac (nos deux gamins) qui nous proposent de nous faire visiter leur village. On a du temps à perdre alors nous les suivons. Nous rigolons ensemble, échangeons sur la pluie et le beau temps tandis qu’ils nous montrent certains temples oubliés au détour des petites rues de leur village de poussière. La conversation de Tac vire rapidement au misérabilisme. Je suis tout de suite sur mes gardes mais veux aller jusqu’au bout de la mise en scène pour voir ce qu’il en retourne. Nous nous retrouvons ainsi dans son ancienne école, accueillis par un professeur très souriant qui, après un petit tour des classes (ni bureau ni tableau noir) ne tarde pas à nous asseoir dans son office face à un livre d’or savamment ouvert à la page où deux touristes français s’étalent sur leur bonne action. « Nous avons donné 1000 roupies à cette école pour l’aider, parce que ce n’est rien pour nous, riches occidentaux, et tellement pour eux » (sic). Petite envie de vomir. Quand on n’explique qu’on n’a pas d’argent, le sourire disparait aussi vite qu’il était apparu. J’emporte quand même le fascicule expliquant comment l’école a été construite grâce aux fonds d’une association hollandaise et nous retrouvons Tic et Tac à la sortie. Non les gars, on n’a rien donné. Pas comme ça…

 

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Dans les rues de Khajuraho ©voyagesadeux

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Dans les rues de Khajuraho ©voyagesadeux

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Dans les rues de Khajuraho ©voyagesadeux

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Dans les rues de Khajuraho ©voyagesadeux

 

Un dernier tour au temple de Brahma (l’un des plus rares du pays), un coup d’œil au lac transformé en déchetterie et nous rentrons au centre ville. A quelques pas de notre hôtel, nos deux guides improvisés nous abandonnent en plein milieu d’une phrase. On ne comprend pas, peut-être attendaient-ils de l’argent ? Peut-être qu’après tout un après-midi passé ensemble à se marrer malgré la grossière mise en scène, on ne les intéressait plus ? Deux minutes après, les voilà qui rappliquent en courant. « On doit éviter les flics, ils pensent qu’on est des petits mendiants ». Et de nous réclamer main tendue deux secondes plus tard : « Tips pour m’aider ? ». Mais pourquoi ? Tu vas à l’école pour devenir médecin, tu nous as dit ? « Non, en fait j’ai arrêté l’école, je n’y vais plus. Tips ! ». Grosse envie de vomir.

Le clou de la visite, où l’on apprend que les Indiens étaient de sacrés cochons

Le lendemain, on décide de faire ce que l’Inde attend de nous : dépenser notre argent. Après un bon lassi et un thé à la rose, on file donc aux fameux temples érotiques de Khajuraho qui ont droit à leur double page illustrée dans le Lonely Planet, en évitant au moins vingt propositions. « The Punisher » rentre en action dès l’entrée du site. Oui, nous sommes Français et non nous n’avons pas besoin de guide, merci.  « Ah oui mais moi je ne suis pas guide ! Je suis guide officielle Ma’am ! ».  Quote of the day comme ils disent sur Twitter.

On comprend alors qu’on n’a pas fait toute cette route depuis Agra en vain. Certes Khajuraho n’a peut-être pas grand-chose pour elle, ce qui rend sa population oppressante au possible, mais elle a au moins les temples parmi les plus beaux que nous ayons vus de tout notre séjour en Inde. On ricane comme des benêts devant les fameuses fresques érotiques qui font toute la notoriété du site, en se demandant comment l’un des peuples les plus homophobes et frustrés du cul a un jour pu créer des sculptures aussi polissonnes. Zoophilie, partie de jambes très en l’air dans les positions les plus improbables, partouses à quinze… le kamasutra s’étale sous nos yeux avec force de détails graphiques.

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Les temples érotiques de Khajuraho ©voyagesadeux

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Les temples érotiques de Khajuraho ©voyagesadeux

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Les temples érotiques de Khajuraho ©voyagesadeux

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Les temples érotiques de Khajuraho ©voyagesadeux

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Les temples érotiques de Khajuraho ©voyagesadeux

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Les temples érotiques de Khajuraho ©voyagesadeux

 

Pour le reste, les temples de Khajuraho impressionnent également par leur préservation. C’est rare qu’un site patrimonial soit à ce point si bien respecté en Inde, et ça on aime. On en apprend au passage sur Nandi, la fidèle monture légendaire de Shiva, sur le dieu soleil dont la représentation nous rappelle étrangement celle de Ra et en deux heures, la visite est bouclée.

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Nandi, la monture de Shiva à Khajuraho ©voyagesadeux

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Les temples érotiques de Khajuraho ©voyagesadeux

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Les temples érotiques de Khajuraho ©voyagesadeux

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Les temples érotiques de Khajuraho ©voyagesadeux

 

Que faire maintenant ? Prendre de la distance, de l’autre côté du lac, pour aller voir l’un des plus vieux temples du pays. Nous sommes seuls, assez loin pour souffler, admirer le paysage et les gosses qui jouent au cricket au loin, quand une moto vient troubler notre tranquillité. Le conducteur en descend et commence un speech que nous ne pouvons plus supporter. « Je suis professeur dans le village, je peux vous faire visiter mon école ? ». On lui fait comprendre que nous avons déjà visité le village la veille, mais le bonhomme insiste. « Oui, les Indiens sont lourds à toujours vous réclamer quelque chose, je sais. Mais moi je ne suis pas pareil ! Moi, je suis vraiment professeur. » Même Matt en perd son sang froid et nous abandonnons notre trouble fête au milieu de la campagne. Peut-être était-il honnête, peut-être sommes nous passés pour deux gros radins sans cœur. Comment le savoir ? C’est bien là le problème. Nous sommes en train de devenir paranoïaques (ou pas), et l’authenticité recherchée vire un peu plus chaque jour au tour de prestidigitation, c’est peut-être là la fameuse magie de l’Inde.

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L’abre centenaire de Khajuraho ©voyagesadeux

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Le plus vieux temple de Khajuraho ©voyagesadeux

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Moment de tranquillité à Khajuraho ©voyagesadeux

 

Sur le retour, nous retrouvons Tic et Tac en compagnie de nouveaux touristes. Le lendemain aux portes  du train qui arrive d’Agra, nous voyons notre rabatteur entouré de sa ruche, prêts à sauter sur un nouveau pot de confiture. Il nous sourit et nous dit bonjour. Au fond, il n’est pas méchant. Heureusement. Mais sait-il combien l’Inde est pesante avec des méthodes pareilles ? Sourire complice avec une jeune femme aussi mal réveillée que moi à sa place il y a deux jours. Bon courage, tu verras, on finit par s’y faire et puis Khajuraho, c’est bien quand même.

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Coucher de soleil à Khajuraho ©voyagesadeux

 

 

« Ne manquez pas, hors des sentiers battus, l’adorable musée Adivart sur l’art tribal local ! Vous nous en direz des nouvelles.

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Une réponse to “Quand l’Inde se fait coquine : notre visite aux temples érotiques de Khajuraho

  • Erotiques ou pas, je les trouve magnifiques ces temples… Mais c’est clair qu’à l’époque, ils n’avaient pas froid aux yeux 😉

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