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Varanasi, notre plongeon dans le berceau de l’Inde

J’ai voulu venir en Inde rien que pour elle. Ce grand pays ne m’avait jamais intéressée et puis un jour, le déclic s’est fait grâce à un carnet de voyage que j’ai emprunté à la médiathèque d’Antibes à notre retour d’Amérique du Sud, comme pour continuer à voyager un peu vers une nouvelle destination inconnue. « Errances indiennes » de Daniel Berguemont m’a ouvert les yeux sur un côté de l’Inde que je n’envisageais pas. Avant de voir ses beaux dessins colorés sur Varanasi, ses visages, ses sourires, je n’imaginais l’Inde que comme un pays croulant sous la misère et la corruption. Pour voir ça, j’avais TF1, je n’avais donc pas envie d’aller vérifier par moi-même.  Au bout de deux mois ici, je peux dire que ma première impression était malheureusement la bonne, mais Varanasi est arrivée à sortir un petit peu du lot et a su répondre au fantasme que je m’en faisais grâce à Daniel Berguemont.

« N’y restez pas plus de trois jours, c’est horrible» « il n’y a rien à voir » « j’ai trouvé ça pire que Delhi ». A l’instar de Lima, certains voyageurs (pas tous heureusement !) nous avaient décrit Varanasi avec les pires superlatifs. Et comme pour la capitale péruvienne, nous avons pourtant été agréablement surpris. Passés outre les rabatteurs (qui semblent composer 80% de la population indienne que l’on croise, malheureusement) et le bruit (qui pour le coup est bien omniprésent dans TOUTES les villes indiennes), Varanasi est arrivée à nous enchanter pour plusieurs raisons.

Varanasi, le berceau de l'Inde ©voyagesadeux

Varanasi, le berceau de l’Inde ©voyagesadeux

Karma Police : trouver l’innocence au milieu des rapaces

Quand on parle de belles rencontres en Inde, comprenez par là un échange qui ne soit pas motivé par l’argent. Une conversation honnête et spontanée qui ne va pas finir par une réclamation quelconque. Une rencontre authentique reste quelque chose de rare en Inde et donc de précieux, surtout pour nous qui ne voyageons presque que pour ça. D’une manière générale, nous sommes affreusement déçus de constater que depuis notre arrivée en Inde, nos belles rencontres se comptent sur les doigts d’une main (oui, une seule) et ce n’est pourtant pas faute de ne voyager uniquement qu’au contact de la population (la plupart du temps à pied, ou en bus et train). Deux d’entres elles se sont faites à Varanasi.

A Varanasi, l’affluence touristique alimente la mendicité

Impossible de se promener tranquillement sans être sollicités de toutes parts. Certains appellent ça « la magie de l’Inde », moi j’appelle ça le désespoir d’une nation qui pense encore que le riche Blanc va pouvoir la sauver ; et quand on voit le nombre de touristes qui pense jouer les Samaritains et faire la BA de l’année en donnant une pièce « parce que ce n’est rien pour nous et tellement pour eux », cette fausse idée n’est pas prête de changer. Malgré tout, nous avons réussi à croiser de belles personnes. Parmi elles, on se souviendra surtout de cette petite fille qui nous a fait faire le tour du temple de Shiva sur les ghats, sans nous proposer d’acheter ses fleurs ni nous demander de l’argent, mais juste pour le plaisir de marcher un peu avec des étrangers. C’était gratuit et c’était beau. Idem pour ce jeune garçon rencontré pendant la cérémonie du ghat. « Mon prof m’a dit de parler aux étrangers pour pratiquer mon anglais ». Un échange cordial, bredouillant mais mignon à souhait. Le problème ? Aujourd’hui, et déjà au moment de notre visite de Varanasi, nous sommes devenus paranos. Vont-ils nous réclamer quelque chose ou sont-ils juste gentils ? Nous n’avons pas envie de donner de faux espoirs à ces gosses qui nous tournent autour en permanence alors nous commençons à faire ce que je déteste : les ignorer. Pire parfois, je leur hurle dessus « GO TO SCHOOL ! », (alors qu’il faudrait plutôt que j’attrape leur père par la peau des co**** pour le noyer dans le Gange).

Yes ? Friend ! Where you from ? Pachminas ? Super price for you, come inside ! Hello ? ALLO ??

Les gosses de Varanasi ©voyagesadeux

Les gosses de Varanasi ©voyagesadeux

Lourdes en Inde : se perdre pour mieux se retrouver ?

On a un bon sens de l’orientation, mais c’est la phrase toute faite que scandent tous les gentils hippies. Essayons donc de jouer le jeu puisque Varanasi, berceau spirituel de l’Inde, semble être le meilleur endroit pour ça. Une fois habitués au manège des vendeurs pseudo polyglottes du bazar, que nous avons compris comment traverser la route au carrefour qui mène au ghat principal sans nous faire écraser, nous avons commencé à apprécier Varanasi pour ce qu’elle a de plus touristique à proposer mais aussi pour son ambiance générale. Une ambiance qui, malgré une façade mercantile, reste intrigante et d’on se dégage un profond respect. Un concept rare dans ce pays ou la loi de la jungle règne en véritable maître. Le Gange rétablit l’ordre ancestral. Tout le monde veut s’y purifier une dernière fois pour atteindre le Nirvana et ne pas se réincarner. On ne comprend donc pas qu’il n’y ait pas plus de monde aux ghats crématoires…  Autour, la vie suit son cours au plus près de l’eau. J’ai retrouvé les fameuses couleurs d’ « Errances Indiennes ». Sur les murs, dans les barques qui coulent au fil du Gange et les saris étendus sur les  cordes à linge ou les vêtements qui entourent les corps maigres des Sadhus. Varanasi reste la plus « belle » ville de l’Inde que nous ayons visitée à ce jour. Mais c’est encore en hauteur que nous l’avons appréciée au mieux. Sur les toits, le bruit incessant des klaxons est atténué et on ne perçoit presque plus que le son des cloches sacrées. Depuis notre perchoir, on a pu se détendre en regardant les gosses jouer avec leurs cerfs-volants. On s’est demandés ce que faisaient ces groupes de gens au loin, assis au milieu du désert de la berge opposée à celle des ghats. On s’est bien perdus, mais toujours volontairement, en se faufilant dans le labyrinthe de Varanasi, de rues sinueuses en ghat jaïn ou crématoire. On a remonté  le Gange pour comprendre, en simples spectateurs, cette culture aux antipodes de la nôtre. Et on n’a fini par se retrouver… au milieu d’un parc d’attractions.

Et c’est parti pour le show, et c’est parti le ghat est chaud !

Moins solennels que le Har-ki-Pauri d’Haridwar (mais c’est normal vu que cette dernière n’est pour le coup pas du tout touristique pour les occidentaux), les cérémonies au Gange de Varanasi valent la peine qu’on y assiste une fois pour constater leur côté « spectacle Walt Disney ». C’est en tout cas ce que nous leur avons trouvé. Un boys-band de jeunes prêtres pas trop moches enchaîne une chorégraphie bien huilée, en usant de plusieurs accessoires sacrés, surélévés sur leur scène : des autels de bois face au Gange. Son public admire la scène assis sagement sur les marches du ghat ou debout dans des bateaux pleins à craquer, brandissant ses objectifs dernier cri pour ne rater aucune miette de ce holy show. Un chauffeur de salle met l’ambiance en indiquant quand chanter ou frapper dans ses mains, puis passe avec le CD des chants diffusés pendant la cérémonie pour proposer un souvenir aux touristes. En face, un photographe immortalise les familles venues de loin en imprimant minute leur cliché mal cadré sur sa Canon portative. Partout, les rapaces du bazar se faufilent pour proposer jouets luminescents et chapelets hindous. Au milieu d’eux, des prêtres (qui en ont seulement l’allure) proposent une bénédiction gratuite avant de réclamer une offrande. Je n’ai toujours pas trouvé la foi et je crois que Matt a même perdu un peu de la sienne.

J’accepte aussi les billets de 500 roupies si tu n’as pas de monnaie !

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Audessus de Varanasi ©voyagesadeux

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Au(dessus de Varanasi ©voyagesadeux

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Le plus beau chiot de Varanasi ©voyagesadeux

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Les buches du ghat crématoire de Varanasi ©voyagesadeux

Les ghats de Varanasi ©voyagesadeux

Les ghats de Varanasi ©voyagesadeux

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Les couleurs de Varanasi ©voyagesadeux

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Les barques sur le Gange à Varanasi ©voyagesadeux

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La cérémonie d’adoration au Gange à Varanasi ©voyagesadeux

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La cérémonie d’adoration au Gange à Varanasi ©voyagesadeux

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Sur les toits de Varanasi ©voyagesadeux

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Les ghats crématoires de Varanasi ©voyagesadeux

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La pesée du bois pour les crémations à Varanasi ©voyagesadeux

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La sieste du Sadhu à Varanasi ©voyagesadeux

Prendre du recul dans les alentours

Nous fallait-il aller plus loin pour trouver un semblant d’authenticité sacrée à Varanasi ? Nous avons cessé de chercher et avons juste marché en marge du cœur touristique et de l’autre côté du Gange. Vers l’immense université d’abord, une ville dans la ville où on croise des futurs petits médecins en blouses blanches, des joueurs de cricket curieux de savoir d’où tu viens, des étudiantes piquant un phare et s’étouffant dans leurs rires gênés dès que Matt s’adressait à elles.

« Are you a Bollywood actor ? »

Les étudiante de Varanasi ©voyagesadeux

Les étudiantes de Varanasi ©voyagesadeux

Plus loin, nous avons emprunté à pied un pont suspendu jusqu’au palais du maharaja de Bénarès. Entre la trouille de tomber dans l’eau, renversée par un autorickshaw pressé ou en passant par une vieille planche bancale, cette traversée reste l’exploit de notre séjour en Inde dont je suis la plus fière.  Rajoutez à cela que nous étions suivis par un étrange bonhomme, la bouche pleine de tabac à chiquer et vous aurez un petit aperçu de mon état de stress. Sauf qu’à l’instar des étudiantes amoureuses de mon « Bollywood actor », notre vieux stalker était juste curieux de voir deux blancs dans un lieu si peu emprunté par les touristes (nous n’en avons croisé que deux sur le chemin du retour). De l’autre côté de la berge, il a été rejoint par un petit groupe de jeunes qui partait dans un fou-rire dès qu’on lui répondait quoi que ce soit en anglais. La barrière de la langue était un jeu. Ces jeunes s’adressaient à des étrangers qui avaient le pouvoir de parler eux aussi, mais d’une façon qui leur était incompréhensible. On aurait pu venir de Mars que leur étonnement aurait été identique. Ils nous ont accompagnés jusqu’à l’entrée du palais où nous avons déjeuné dans la rue, sous le regard amusé de nos voisins de tablée qui attendaient de voir à quel moment nous allions nous étouffer dans le piment.

Souvenir d’une époque faste pour les maharajas, le palais de Bénarès nous a impressionné surtout pour son architecture et quelques détails encore bien préservés. Les pièces de collection du propriétaire, pourtant encore présent dans une aile interdite à la visite, croulent sous la poussière et certaines des photos ne sont même plus identifiables. Reste la vue sur le Gange, toujours impressionnante même si elle commence à être bouchée par la construction d’un pont gigantesque. On est arrivée au bon moment.

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Le pont flottant de Varanasi ©voyagesadeux

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Construction aérienne sur le Gange ©voyagesadeux

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Le palais du maharaja de Bénarès ©voyagesadeux

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Le palais du maharaja de Bénarès ©voyagesadeux

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Le palais du maharaja de Bénarès ©voyagesadeux

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Les voitures de poussière du maharaja de Bénarès ©voyagesadeux

 

Nous n’avons pas d’œillères et ne pouvons ignorer les maux qui rongent l’Inde jusqu’à l’os, donc nous ne dirons jamais que c’est un pays magnifique. Nous prévoyons d’ailleurs un article coup de gueule dans ce sens. De Varanasi, nous garderons en mémoire ses fameuses couleurs qui nous ont attiré jusqu’à elle, son atmosphère singulière et les quelques belles rencontres que nous avons pu y faire. Pour le reste, on vous invite à en débattre autour d’un chaï quand vous voulez…

2 réponses to “Varanasi, notre plongeon dans le berceau de l’Inde

  • Cette ville m’a coupé le souffle et je partage votre point de vue sur la beauté mystique qui en ressort. Se perdre là-bas…pour mieux se retrouver. Merci pour les chouettes photos et le récit qui ont, l’espace d’un instant, ravivés en moi de forts souvenirs.

  • Merci pour cette description De Varanasi en Inde c’est sincère.

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