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Portrait de voyageur : Bagdro, moine itinérant à la rescousse du Tibet

C’est lors d’un dîner au Nick’s Itilian Kitchen que nous avons rencontré Bagdro. Ce grand gaillard en costume de moine dinait avec un groupe majoritairement français à la table derrière la nôtre. La langue aidant, après quelques sympathiques échanges avec ses amis, il nous a finalement été présenté. Bagdro est un moine tibétain de l’époque où le Tibet n’était déjà plus libre. Difficile, en le regardant aujourd’hui, tout sourire et très amical, d’imaginer qu’il y a quelques années seulement il a souffert pendant trois ans des tortures du régime communiste avant de pouvoir rejoindre le gouvernement en exil. Depuis, Bagdro a écrit plus d’une dizaine de livres sur le sujet et a parcouru le monde pour soutenir la cause tibétaine et la diffuser à travers le globe. Nous en avons profité pour lui poser quelques questions autour du voyage.

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Bagdro

Quand et pourquoi êtes-vous arrivé à McLeod Ganj ?

Je suis venu ici en 1981. Je fuyais le gouvernement chinois après trois années de torture avant de retrouver le gouvernement tibétain en exil. C’était plus simple de se battre d’ici et, pour ma vie, je n’avais plus vraiment le choix.

Avez-vous déjà rencontré des Chinois autrement que dans le contexte historique de votre pays ?

Avant je vivais au Tibet, ils y vivaient aussi. Et maintenant ils arrivent ici ! Pourquoi ? (rires)

Vous n’avez donc aucun ami chinois ?

Quand j’étais au Canada en 2001, j’ai rencontré un Chinois très sympathique. C’est un homme bon qui m’a offert de beaux vêtements et m’a invité à déjeuner. C’est peut-être le commencement d’un changement.

Avez-vous déjà été en Chine ?

Non.

Combien de pays avez-vous traversé ?

Environ une trentaine.

Vous avez eu le temps de les visiter ou vous y étiez juste pour promouvoir le « Free Tibet » ?

« Free Tibet » ! Quand je suis allé dans les pays étrangers c’était pour parler du problème tibétain. C’était souvent en rapport avec mon livre L’enfer sur Terre que je venais d’éditer à 21 000 exemplaires. C’est mon livre le plus fameux et j’ai été invité grâce à lui pour partager mon expérience. Parfois, il s’agissait de groupes supportant le Tibet, parfois même des particuliers. Le premier pays étranger où je suis allé, c’est la France. J’étais invité par la femme du président, Danielle Mitterrand, qui m’a fait soigner dans un hôpital français aux retours de mes trois ans de torture. Puis j’ai rencontré des Français ici à Dharamsala, qui m’on aidé pour la traduction de mon livre et je suis ainsi retourné à Marseille, mais aussi à Lyon.

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Les livres de Bagdro

Quel est votre pays préféré à l’étranger ?

Bien sûr j’aime la France, ce beau pays ! Les gens y sont gentils. Et j’adore la baguette. La cuisine française est très savoureuse. J’ai vécu dix mois en France et quand je suis rentré, j’avais la nostalgie de la baguette. Sinon, j’aime aussi l’Australie et le Canada.

Pensez-vous qu’il y ait beaucoup de moines qui voyagent comme vous ?

La plupart des moines s’occupent surtout de spiritualité. Ils n’ont pas de vacances.

Il est important que les gens n’oublient pas leurs racines

Avez-vous une anecdote particulière à nous raconter à propos de vos voyages ?

Une fois j’ai surpris quelques Français. Au Tibet, comme il fait très froid, nous utilisons le beurre de yack comme une crème pour le visage. Lors d’un petit déjeuner en France, après que je me sois nettoyé le visage, comme il y avait du beurre sur la table, j’en ai pris un petit peu et je m’en suis étalé sur le visage. Les gens m’ont regardé bizarrement en me disant « mais pourquoi tu fais ça ? ». Je leur ai expliqué que chez nous c’était de la nourriture mais que l’on s’en servait également comme un soin. Ils étaient très choqués, très étonnés.

Une autre fois, je vivais près de Gare de l’Est à Paris et j’avais trouvais plein de tickets de métro par terre. Alors je les conservais pour les réutiliser. Mais ça ne marchait pas et un policier est venu me voir. A ce moment je ne parlais ni français, ni même anglais et je suis resté une heure à essayer de m’expliquer avec cet officier. J’avais peur, parce que j’avais le souvenir des policiers chinois qui me maltraitaient et me torturaient. Au final, ils étaient très gentils, ils m’ont même appris comment me servir d’un ticket de métro.

Si le Tibet redevenait libre, vous y retourneriez ?

Bien sûr, je serais le premier !

Ailleurs qu’au Tibet, où choisiriez-vous de vivre dans le monde ?

Peut-être que  je resterai ici à McLeod Ganj parce que nous avons besoin du Dalaï-Lama. Mais si celui-ci choisi de ne pas se réincarner ou si, pour une autre raison, la lignée venait à s’atteindre, alors je ne suis pas certain que je resterai. Ce ne serait plus une destination touristique et je ne pourrais plus défendre notre cause avec autant de force. Peut-être je partirais pour le Canada ou pour la France justement. Il faudra alors que j’apprenne le français pour de bon ! (rires)

Enfin, que pensez-vous du fait que le bouddhisme voyage désormais en occident ?

C’est très bien. C’est important, mais il est important également que les gens n’oublient pas leurs racines. Les gens ont plein de passions et apprennent plein de nouvelles choses, mais il ne faut pas pour autant qu’ils en oublient leurs traditions.

 

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