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Une heure sur Poveglia, l’île la plus hantée au monde ?

Sur quelle île de Venise isolait-on jadis les victimes de la peste ? Poveglia. Sur quelle île a-t-on bâti un hôpital psychiatrique où les fous disaient voir des fantômes ? Poveglia. Sur quelle île les pêcheurs refusent-il de se rendre, par crainte ou par superstition ? Poveglia. Sur quelle île sommes-nous partis faire un petit tour pour enquêter sur l’histoire secrète de Venise ? Poveglia !

Poveglia n’est pas la seule île déserte de Venise, mais elle est en quelque sorte la seule à être abandonnée. Des bâtiments lépreux à l’entrée de l’île témoignent, à ce titre, d’une présence aujourd’hui disparue. Qu’en est-il de tout le reste, des histoires de fantômes et d’île la plus hantée au monde ? Difficile souvent de démêler le faux du vrai. Selon l’historien et romancier local Davide Busato, il n’y a même jamais eu d’hôpital psychiatrique sur l’île. Si elle servit plusieurs fois à mettre en quarantaine certains malades au cours des siècles, elle ne serait devenue qu’un simple centre de convalescence et une maison de repos avant son abandon en 1968. L’histoire selon laquelle le directeur de l’établissement (il pratiquait des lobotomies sur les patients qui voyaient des fantômes) se serait suicidé en se jetant du campanile après avoir découvert chez lui les mêmes hallucinations que chez les malades qu’il tentait de soigner, prend alors selon les dires de Busato de sérieux airs de légende urbaine. Et à y regarder de plus près, la presse vénitienne de l’époque ne relate en effet aucun cas de suicide étrange sur l’île de Poveglia. Ce sont de récents tabloïds anglais en mal de sensations fortes qui ont repris les légendes véhiculées par quelques amateurs d’ésotérisme parfois versés sur l’extrapolation ou sur l’emphase. Qu’en est-il de la vérité ? Qui croire ? Difficile à dire. Ce qui est certain, c’est que l’île fut autrefois habitée (par des serviteurs du doge Pietro Tradonico notamment jusqu’à devenir une importante république autonome au cours du XIVème siècle) et qu’aujourd’hui elle ne l’est plus.

Si Poveglia a fait la une des médias, c’est avant tout pour une raison bien précise. On en a entendu parler il y a peu parce que l’île a été mise en vente à un prix ridicule dans l’espoir de voir diminuer la dette de l’état. C’est l’homme d’affaire local Luigi Brugnaro, qui au grand damne de l’association « Poveglia per tutti », a fait la plus forte proposition. S’il prétend vouloir rendre l’île aux Vénitiens, ces derniers ne sont pas dupes et se demandent, à juste titre, pourquoi l’acheter si c’est pour la leur rendre… Il aurait été plus simple, en effet, de la leur laisser d’emblée.

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En route vers Poveglia – Venise ©voyagesadeux

En attendant de voir ce qu’il adviendra de l’île de Poveglia, on peut toujours s’y rendre pour enquêter, sinon pour s’offrir un petit frisson. Pour cela, ne comptez pas sur le vaporetto, il faudra vous adresser à un pêcheur du coin ou plus largement à un habitant de Venise (vers le Lido généralement) qui possède un bateau, et négocier avec lui. Si certains ont réellement peur de l’île, ce n’est pas forcément le cas de la majorité d’entre eux. Beaucoup de locaux l’ont d’ailleurs visitée, en journée bien évidemment…  Une partie d’entre eux a même l’habitude de se rendre sur Poveglia pour entretenir les légumes qu’ils y cultivent. Quant à ceux qui vous assurent que les pêcheurs n’osent pas s’aventurer sur place, on peut vous affirmer le contraire, les bords de l’île étant recouverts de filets de pêche en train de sécher au moment de notre visite.

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Les filets de pêcheurs de Poveglia – Venise ©voyagesadeux

Nous sommes arrivés sur Poveglia aux alentours de 14h30 et nous y sommes restés un peu plus d’une heure. Notre batelier étant reparti sur la mer, nous étions les seuls sur l’île. Du moins, nous n’avons rencontré personne.

Autant vous le dire d’emblée, nous n’avons pas croisé de fantôme ; ce qui ne veut pas dire qu’il ne s’est rien passé d’inquiétant…

D’abord, comme des imbéciles, nous n’avons pas pensé à emporter la moindre lampe torche, ce qui peut être plutôt utile dans les pièces complètement obscures. Plusieurs fois, nous avons donc dû avancer au flash, ce qui n’était pas toujours rassurant. Nous avons pu visiter la majorité des bâtiments, à l‘exception de quelques pièces de l’étage dont l’état semblait trop délabré pour qu’il ne soit pas risqué d’essayer de s’y rendre.

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L’ancien asile de Poveglia – Venise ©voyagesadeux

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L’ancien asile de Poveglia – Venise ©voyagesadeux

Plusieurs fois nous avons failli nous retrouver avec une belle araignée sur la tête parce que nous avions foncé dans sa toile. Mais là n’était pas le plus inquiétant. Loin de là même. En nous baladant à l’arrière du bâtiment, Marie, dans mon dos, m’a soudainement interpellé une première fois. Je pensais que j’étais encore en train de foncer dans une toile d’araignée. En fait, je venais de passer devant un petit lapin qui n’avait pas bougé. Je me suis approché, il ne bougeait toujours pas d’un poil. On voyait simplement qu’il respirait rapidement. Des mouches lui tournaient autour et nous avons donc supposé qu’il était « simplement » en train de mourir. Ce serait arrivé n’importe où, nous n’y aurions guère prêté attention. Sur Poveglia, ce genre de petit événement prend tout de suite dans votre tête des proportions disproportionnées. Et ce n’est pas le graffiti dans une des salles annonçant fièrement en italien « fantasmes de merde » qui parviendra à vous rassurer complètement.

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Le petit lapin de Poveglia – Venise ©voyagesadeux

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Mise en scène à Poveglia ? – Venise ©voyagesadeux

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Drôles de tags à Poveglia – Venise ©voyagesadeux

La deuxième fois que Marie m’a interpellé, j’étais en train de photographier un os placé sur une rambarde comme dans une mise en scène macabre. Un bruit de verre cassé venait de résonner à l’intérieur de la bâtisse. Nous sommes entrés pour vérifier si quelqu’un était là, mais il n’y avait visiblement personne. Peut-être un animal… Le saurons-nous un jour ? Peut-être qu’il ne vaut mieux pas… Pour le reste, notre visite de Poveglia a été plutôt tranquille et nous n’avons rien vu d’anormal. Si l’île est véritablement inquiétante, difficile de dire si sa réputation est méritée ou non. Hanté ou pas, ce n’est de toute façon pas le genre d’endroit dans lequel on a envie de passer une nuit à la belle étoile. Du coup on a attendu notre sympathique batelier et on est rentré sans se faire prier.

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L’île hantée Poveglia – Venise ©voyagesadeux

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L’île hantée Poveglia – Venise ©voyagesadeux

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L’île hantée Poveglia – Venise ©voyagesadeux

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L’île hantée Poveglia – Venise ©voyagesadeux

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L’île hantée Poveglia – Venise ©voyagesadeux

Pour l’anecdote : la nuit qui a suivi, Marie s’est réveillée dans le couloir de notre hôtel. Pas du tout somnambule, c’est la première fois que ça lui arrivait… et la dernière, on l’espère !

13 réponses to “Une heure sur Poveglia, l’île la plus hantée au monde ?

  • Bonjour! J’aime bien le côté resident evil de tes tofs qui collent assez bien à ton thème. On sent que vous êtes des adeptes de destinations atypiques. Même pas peur!!! pour vous régaler et nous produire d’aussi succulents compte rendus je partage avec vous des destinations atypiques http://goo.gl/Z5PG4n qui donnent une coloration insolite et unique au voyage. Bonne continuation!!

  • J’ai déjà entendu parler de cette île, j’y passerais pas la nuit 😀
    Et oui, pauvre lapin, j’aurais été émue aussi!

  • En amateurs de frissons et de mystères, voilà un article qui nous met l’eau à la bouche ! Merci pour ce récit de votre belle découverte.

  • J’ai visité Venise et trois de ses îles, mais je ne connaissais pas celle-ci. J’ai beaucoup aimé ce billet, une idée géniale! 🙂

    Eve @ Nosracinesur4continents

  • Merci pour ce partage, prochaine visite à Venise me reste plus qu’a trouver un bateau qui m’y emmène, mon Nikon et moi 😉

    • Le vaporetto nous y a enmené en février 2011,j’ai de belles photos de sculptures en pierre,prise dans un jardin,encerclé, par de vieilles grilles en fer forgé… C’est cet endroit qui m’a le plus impressionné !

      • Comme quoi il fut une époque où l’île était encore accessible en bateau pour tout le monde !

      • Peut on encore la visiter a votre avis?

  • Moi même si il me donne 1000000 euros girai même pas

  • A présent l’île est formellement interdit aux publics. … bien dommage

  • Bonjour,
    On a enfermé là les malades atteint de la pellagre due à une carence en vitamine B 3
    Liée à une alimentation exclusivement à base de maïs , principalement au 19 eme siècle.
    Cette maladie commençait par des manifestations cutanées ( pellagre=peau aigre) puis par de troubles psychiatriques.
    Une simple diversification alimentaire aurait suffit à leur éviter l’enfermement!
    Référence: la thèse de Monica Ginnaio

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