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Correspondances européennes, chronique épistolaire du livre de Philippe Perchoc

©voyagesadeux

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Cher Philippe,

J’ai terminé vos correspondances européennes à Murcia, dans le sud de l’Espagne où la crise à fait des ravages, mais où j’ai pu également rencontrer de jeunes Espagnols jouant au trollball (un jeu anglais à l’origine). Vos lettres auront ainsi un peu voyagé et j’espère que cela continuera. En effet, à trop constater les échecs de l’Europe, on en oublie souvent ses réussites. Si les échecs paraissent plus nombreux que les réussites, ces dernières n’en sont pas moins importantes. Je repense au projet de l’abbé Saint-Pierre pour rendre la paix perpétuelle en Europe… c’était le début du XVIIIe siècle, plus de trois cents ans déjà et je ne suis pas certain que ce projet n’ait pu aboutir complètement. Pour autant, si l’on regarde en arrière, des progrès indéniables ont été faits et si l’Europe aujourd’hui nous ennuie, quel beau luxe ! Je ne pense pas que l’on arrivera jamais à une Europe parfaite. Les sociétés humaines ne sont pas faites pour la perfection, ce qui ne veut pas dire qu’il ne sert à rien de chercher à les perfectionner. Cette Europe qui nous ennuie, elle nous offre au moins cette sûreté qui était le premier point du projet de 1713. Nous vivons aujourd’hui dans une Europe de la paix et nous croyons trop souvent que cette paix est irréversible. Or, tout ici-bas s’entretient, même la paix, surtout la paix, cette fleur fragile. Je ne peux alors que vous soutenir quand vous jardinez la paix.

 

Pour le reste, nous n’avons pas à être d’accord à tous les coups. La question de la paix appelle celle de la défense de la paix et quand vous dîtes qu’il convient de réinvestir dans l’armée je ne suis plus tout à fait d’accord. Je pense que l’humanité est arrivé à un niveau de barbarie dans le choix de ses armes qui fait que les guerres de demain ne seront plus les mêmes que celles d’aujourd’hui. Je conviens qu’il est difficile de négocier avec un couteau suisse, mais je ne plains pas nos amis Suisses pour autant. La plus efficace des armes, c’est encore l’argent. Et vous faites bien de rappeler que ce n’est pas la politique qui fait l’économie mais bien l’économie qui fait la politique. Nous nous battrons avec nos moyens et, à ce niveau, il est évident que l’union fera la force, même s’il s’agit de s’unir avec des gens qui n’ont pas d’argent. Après tout, l’argent n’a pas disparu, il circule simplement d’un côté plus que de l’autre. Rien n’est irréversible. J’ai été touché par certains chapitres de votre livre, comme celui sur la jeunesse européenne, pas tant parce que je pourrais m’identifier au profil de cette jeunesse, mais parce que je partage  vos idées sur cette jeunesse. Hier, je suis tombé à la télévision sur le dernier clip des Enfoirés, « la chanson du bénévole » et j’ai pensé, non sans une certaine tristesse, que le bénévolat était en train de devenir un de nos fléaux. Une fois de plus, nous arrivons à corrompre les belles idées.

Sur la forme enfin, je dois vous avouer que j’ai d’abord été perplexe concernant votre livre. Je m’attendais au format épistolaire classique, du type Philippe s’adresse à untel qui lui répond.  Vos lettres ressemblent plus à des essais, ce sont des lettres ouvertes. Et finalement j’ai trouvé que cette idée d’ouverture servait assez bien vos arguments. J’ai apprécié bien évidemment cette dimension du voyage, même si l’on reste essentiellement sur l’aspect socio-politique des géographies évoquées. J’ai apprécié également la facilité avec laquelle votre ouvrage se lit. Pas besoin d’être particulièrement renseigné ou érudit. Et puis, au-delà du propos, vous avez un certain style, c’est agréable. A la fin, notre Europe paraît déjà un peu mois ennuyeuse. Bravo. Plus que tout, je me suis retrouvé dans cette Europe de la diversité, qui serpente du Portugal jusqu’à la Russie. Plus que l’hydre bancaire, j’aime à la regarder comme la vouivre de mon enfance, celle qui parcourt la Provence dans les romans de Vincenot. Comme vous, j’ai été nourri par différentes mythologies et j’ai un peur parfois que ce siècle nouveau les recrache avec mépris. Dans tous les cas, il faut tenter de vivre. Si je veux continuer à croire en l’Europe, je pense qu’il lui faudra trouver, un jour ou l’autre, un visage plus humain. Ce visage, vous en avez proposé quelques facettes et pour cela je vous en remercie. Au delà des régions, je crois aux communautés, je crois au rapprochement des hommes, quelque chose de physique, pas une vague idée. Je crois qu’il nous faudra vivre ensemble véritablement et arrêter de se faire des promesses à la manière des politiciens. Paradoxalement, je pense que la clef de l’Europe est à chercher au niveau communautaire.

Je retiens de votre livre qu’il faut garder espoir et continuer à se battre plutôt que de s’entretuer. Les maux sont parfois trompeurs et nous héritons, je vous emprunte la formule, d’une tâche impossible et nécessaire. Je vous l’ai dit, je ne crois pas à une société parfaite. Ne baissons pas les bras comme certains qui spéculent sur notre chute, il faut croire encore ; des nuages masquent l’horizon, remontons nos manches. Déjà, le vent se lève…

Amicalement,

Matthieu

©UCL

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Pour en savoir plus sur Correspondances Européennes, livre de Philippe Perchoc aux éditions  les Presses Universitaires de Louvain :

Correspondances européennes from Philippe Perchoc on Vimeo.

 

 

Une réponse to “Correspondances européennes, chronique épistolaire du livre de Philippe Perchoc

  • Garder espoir, je pense qu’il ne reste plus que celà. Tellement de gens perdent espoir enterrer par leurs peurs et leurs propres problèmes. Il faut se lever et toujours aller de l’avant pour ma part!

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