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Cinétrip : Sous l’emprise d’Haïti, dans les ténèbres de Craven

 Avec Marie, quand aucun de nous deux n’a une idée particulière de film à regarder, on se rabat souvent sur un genre. Et le genre qui nous met d’accord le plus facilement c’est le cinéma d’horreur…

Au départ, on s’est dit que proposer un cinétrip d’horreur ce n’était pas forcément le plus évident. En fait, en y réfléchissant bien, combien de films d’horreur débutent par une situation similaire à celle-ci : une famille ou un groupe d’amis se retrouve perdu sur une route paumée avec personne autour sauf (à vous de choisir)

a) des cannibales

b) un tueur en série

c) des vampires

d) des zombies

e) des extraterrestres

f) une secte satanique… ?

Je ne suis pas sûr qu’un alphabet entier suffise. En y réfléchissant mieux, on vous avait même proposé, pour Halloween, un top 10 des films de voyage qui finissent mal, avec tous nos films d’horreur préférés sur le sujet. Sujet, il faut bien l’avouer, qui sert souvent de prétexte au massacre attendu. Parmi ceux-là, on a remarqué que la campagne américaine, qui semblait être l’une des destinations favorites du touriste malchanceux, était généralement dépeinte comme l’antichambre des enfers où sévissent tous les tordus de ce monde, sinon d’autres.

A l’heure d’écrire un cinétrip sur un film en particulier, on a cherché à aborder le problème sous un angle un peu différent et on a voulu trouver un film qui puisse jouer avec le phénomène d’attraction/répulsion du lieu dans lequel il se déroule. Un film d’horreur, en somme, qui soit aussi terrifiant qu’exotique. Très vite, s’est imposé à nous L’Emprise des ténèbres de Wes Craven. S’il ne figure pas nécessairement au rang de nos films préférés, L’Emprise des ténèbres propose cependant une vision saisissante d’Haïti, ce pays des Grandes Antilles, voisin de la République Dominicaine et qui excite l’imagination notamment grâce à la tradition vaudou encore très présente sur cette partie de l’île.

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L’histoire est celle du médecin Dennis Alan, s’intéressant de trop près aux secrets du vaudou jusqu’au point de devenir la proie d’un terrible chef des Tontons Macoutes. Avec l’aide d’une jeune psychiatre des environs dont il est tombé amoureux, Alan va devoir affronter les puissances des ténèbres et celles, non moins dangereuses, du totalitarisme politique.

C’est l’efficace Bill Pulman qui hérite du rôle de Dennis Alan, le scientifique blanc (et donc plutôt cartésien) confronté à la magie noire des locaux. Inspiré d’une histoire vraie, L’Emprise des ténèbres fait directement référence aux recherches du biologiste Wade Davis qui a réalisé une étude sur les fameux cas de « zombies » dont le titre du livre a donné le nom original du film, The Serpent and the Rainbow, extrait à lui seul assez représentatif du double aspect de la culture vaudou.

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Si Haïti semble aussi pauvre (économiquement) que luxuriante (au niveau de la nature), elle peut devenir tout à la fois un objet de fantasme comme une destination cauchemardesque. Et si le film fonctionne, c’est qu’il parvient justement à capter ce double visage d’Haïti et qu’il ne la condamne jamais au rang des destinations simplement détestables.

Dangereuse certes, mais jamais gratuitement, l’Haïti de Craven possède comme un charme vénéneux.

Un peu comme le Angel Heart d’Alan Parker, l’atmosphère propre au vaudou, étrange, menaçante, mais toujours envoutante sert complètement la mécanique du film. Si l’horreur reste mesurée, elle est d’autant plus implacable que le film est tourné sur place, d’où la sincérité de son charme. Ce n’est pas là son seul succès, la principale force du film de Craven réside dans sa volonté de présenter autant le fantastique propre au vaudou, que le réalisme presque documentaire du lieu, en s’attardant sur le contexte sociopolitique de l’île. Cette dimension politique ne nuit jamais à la réussite du spectacle ; au contraire, en l’ancrant dans une certaine réalité, elle rend les séquences d’horreur d’autant plus impactantes. Au final, L’Emprise des ténèbres dépeint une destination à mi chemin entre le rêve et le cauchemar, un pays au folklore aussi attirant qu’inquiétant, un voyage angoissant aux frontières du réel.

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Injustement souvent délaissé dans la carrière en double-teinte de Craven, voilà une œuvre divertissante et instructive à la fois qui, sans jamais délaisser son propos face à la tentation de la surenchère horrifique, essaie de traiter son sujet avec autant d’efficacité que de sérieux. On ne sait pas s’il mettra tout le monde d’accord ; pour nous deux, en tout cas, ça a marché.

 

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