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Cinétrip : La route des Indes, exotisme, mysticisme et romantisme

La semaine dernière, alors que Casse-Tête Chinois sortait en salles,  La route des Indes, de David Lean, sortait quant à lui en DVD. Après vous avoir présenté le Klapisch, nous rattrapons donc notre retard en vous présentant cette très belle galette qui rend grâce à l’ultime film de cet immense cinéaste.

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Dans l’Inde coloniale des années 1920, une jeune femme anglaise, Adela Quested, entreprend de rejoindre son fiancé dans la petite ville de Chandrapore où il est magistrat. Accompagnée de la mère de ce dernier, une vieille dame très ouverte d’esprit, elle découvre avec trouble un pays rongé par la discrimination des colons qui méprisent les autochtones. Lors d’une visite aux grottes de Marabar, Adela est victime d’un incident qui va exacerber les tensions dans le pays, au moment même où les revendications indépendantistes se durcissent…

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La route des Indes est donc le dernier film du grand cinéaste britannique David Lean. Il lui faudra quatorze ans, après l’échec de La fille de Ryan, pour repasser derrière la caméra. Pour ce faire, il adapte le roman éponyme d’Edward Morgan Forster. Nommé pour 11 oscars, le film n’en remportera finalement que deux. Seuls Peggy Ashcroft dans le rôle de Madame Moore et Maurice Jarre pour la musique seront récompensés. Pour le reste, c’est l’excellent Amadeus de Miloš Forman, présenté la même année, qui rafle presque tout. Dommage pour Lean, dont le film ne démérite jamais.

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Sur plus de deux heures et demie de film, l’ennui ne pointe jamais son nez et Lean continue de distiller le romantisme désuet qui le caractérise avec une grâce sans cesse renouvelée. Plastiquement, le film est assez sobre, épuré ; ce qui n’empêche pas des plans fugaces de faire preuve d’une picturalité époustouflante. Mais La route des Indes n’est pas beau que par l’image, il est beau par l’esprit également. Si le contexte politique est placé, Lean en dit juste assez et s’il dénonce moins que dans le roman, il préfère se concentrer sur les rapports entre les personnages. Avec une infinie finesse, il va croquer Adela et le docteur Aziz ainsi que tous les personnages secondaires. Si Judy Davis est très bonne en jeune anglaise déréglée par l’exotisme du voyage, l’acteur indien Victor Banerjee crève véritablement l’écran avec le personnage complexe et touchant du docteur Aziz. De leur relation naît le mystère du film, cette effervescence que Lean, maître du montage, a su insuffler à son film. Alec Guinness, dans le rôle du sage Godbole, apporte une touche de fraîcheur et d’étrangeté. Grimé en Indien comme un acteur de théâtre, il s’en sort assez admirablement dans une prestation difficile qui fut d’ailleurs parfois critiquée. Peggy Ashcroft, très touchante elle aussi, mérite amplement son oscar. Plus connu pour la précision de sa mise en scène, David Lean prouve une nouvelle fois, avec La route des Indes qu’il savait aller chercher le meilleur de ses acteurs.

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La route des Indes traite donc en partie des problèmes du colonialisme, mais il traite également de l’exotisme du voyage, de cette perte de repères, certes grisante, mais qui peut parfois mener au danger. Les paysages, d’une beauté extraordinaire, sont soulignés par une photo impeccable et l’Inde mystique est croquée au détour de quelques plans, comme dans la scène où Adela se balade à vélo au milieu d’un temple en ruine. En fait, l’air de rien, et c’est cela qui est magnifique, La route des Indes traite de plusieurs choses à la fois : les différences entre Orient et Occident, le rapport à la Nature, la passion… Avec beaucoup d’intelligence, le réalisateur ne force jamais le trait. S’il prend partie, d’un regard juste, il laisse le spectateur se placer où il le souhaite à l’intérieur des zones d’ombre. Que s’est-il passé dans les grottes de Marabar ? Au fond, nous ne le verrons jamais. L’essentiel n’est pas là. Comme souvent dans la carrière du réalisateur, aux tourments de l’Histoire se mêlent ceux de l’histoire intime, cette petite vérité cachée au fond de chacun. En creusant cette vérité intime, il livre un film majestueux, une invitation au voyage où la nature est éblouissante et menaçante à la fois et où, si l’homme n’est que le jouet du destin, des valeurs positives peuvent (ou doivent) exister malgré tout. La route des Indes est un film admirable de bout en bout, une œuvre dense, universelle, essentielle.

Blu-Ray et DVD Collector paru le 4 décembre 2013 aux éditions Carlotta. En bonus, L’inde ténébreuse, un décryptage du film très complet par l’historien du cinéma Pierre Berthomieu.

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