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Portrait : Karim, de l’écriture à l’édition, le voyage pour horizon

Aujourd’hui, nous laissons la parole à Karim Cornali, poète, auteur et avant tout voyageur. 

Guyane, fleuve Maroni

Pouvez-vous vous présenter brièvement ?

Karim Cornali. Heureux de te rencontrer.

Né d’un père breton-basque et d’une mère berbère-sahraouie, ressentez-vous aujourd’hui ces deux identités propres à l’intérieur de vous ou peut-être  vous définiriez-vous plus simplement comme le résultat d’un héritage cosmopolite?

Mon père était breton-basque et ma mère est berbère-sahraouie, mais j’ai été élevé comme un “petit Français” si l’on peut dire. Et j’ai été élevé de cette façon en vivant simultanément dans différents pays d’Afrique (le Sénégal, le Congo et la Mauritanie). Je me sens de partout. Et je ne suis ancré dans aucune région du monde.

Vous avez publié en 2011 un premier livre, Les génies du fleuve Sénégal, où vous faites le récit d’un de vos voyages. Qu’est-ce qui est arrivé en premier, le projet de livre ou le projet de voyage ? Comment ces deux aventures se sont elles-déroulées ?

Je crois que c’est arrivé en même temps. Je ne peux concevoir de voyager sans créer. Le réel est si intense quand je voyage qu’il me faut l’écrire. Je ne peux garder cette intensité juste pour moi. Je l’écris pour dire “voyez comme la vie est merveilleuse” ou “c’est beau” ou “portons un regard différent sur le monde dans lequel nous vivons et gagnons en lucidité”.

Je suis allé en Afrique avec la volonté ferme d’écrire un livre. Je me disais que ce que j’allais vivre serait une aventure extraordinaire qui mériterait d’être racontée. Sur place, je prenais des notes dans un carnet, presque tous les soirs et parfois même dans la journée, sur la route. J’ai retravaillé ces notes à mon retour, pendant plusieurs mois ; trois heures par jour alors que je travaillais à plein temps en tant que professeur des écoles pendant la journée.

Mali

Il y a eu aussi, je crois, une troisième aventure : le film du même nom. Ici aussi, la visée ou les méthodes de travail étaient-elles différentes ?

L’idée de faire un film m’est venue un peu après celle d’écrire. Je n’avais jamais tenu une caméra mais faire un film me faisait rêver. J’en ai acheté une quelques jours avant de partir et j’ai lu le mode d’emploi dans l’avion. Aucune expérience cinématographique mais un oeil déjà aiguisé par la pratique de la photographie. Je me suis dit que je pourrais me débrouiller. Mais je me suis surestimé car mon film n’est pas abouti à mon goût. Il est tout de même passé une fois sur grand écran au Festival 360° à l’Ouest, un festival de l’aventure et du récit de voyage. Le public semble avoir apprécié.

Ce film, je l’ai réalisé avec une seule caméra, sans équipe de tournage, sans conseils et sans payer qui que ce soit. Budget zéro, sauf caméra, trépied et cassettes. J’ai filmé les paysages, les gens. J’ai fait quelques interviews (notamment des pêcheurs qui m’ont relaté l’existence de génies des eaux). Je me suis filmé en train de faire du vélo dans la brousse, en train de me faire lire l’avenir par un sorcier dans un village, en train de danser dans la savane. J’ai même tourné un clip poétique sur l’un de mes poèmes avec des inconnus rencontrés lors d’une escale. Et d’autres choses.

En dehors de cette expérience, avez-vous beaucoup voyagé ?

Sur le plan géographique, je me suis pas mal déplacé. Mais il ne suffit pas de parcourir des kilomètres dans le temps ou dans l’espace pour invoquer le voyage. Faire le tour du monde, ne veut pas dire grand chose. Ce que je recherche, c’est l’esprit alchimique du voyage, celui qui vous transforme, qui vous rend plus conscient, qui vous révèle, qui vous élève. Ca peut arriver près de chez soi… Il n’y a pas de véritable voyage sans voyage intérieur.

A l’heure actuelle, je trouve que je n’ai pas beaucoup voyagé. Pas assez. Et ça m’énerve. Je ne voudrais pas passer à côté de quelque chose d’important.

Je vous ai découvert dans les Cahiers du Sens, dans la rubrique «Voyage» justement. Vous n’écrivez que sur le voyage ?

Dans la revue Les Cahiers du Sens, j’ai publié aussi des poèmes dans d’autres rubriques. Mais vous ne lisez que les rubriques “voyage” à ce que je vois (je taquine). J’ai d’autres thèmes de prédilection: l’amour, les femmes, la nature, la sagesse, les gens, etc.

Préférez-vous la forme poétique à la prose ? Selon vous y a-t-il une forme littéraire qui soit plus propice à évoquer ou à inviter au voyage ?

Une prose peut tout à fait être poétique et il arrive souvent que des vers (rimés ou libres) soient tout sauf de la poésie. Prose ou vers, peu importe. Ce qui compte c’est que celui qui écrit ait vraiment quelque chose à dire, que cela ait du sens pour lui et pour le plus grand nombre de personnes, et qu’il sache le dire de la meilleure des façons afin que tout le monde en sorte grandi.

En juillet dernier, vous vous lancez dans l’édition avec la revue Kahel, une revue littéraire de voyage une fois de plus. D’où vient ce nom et d’où vous est venue l’idée de vous lancer dans cette nouvelle aventure ?

L’éditorial du N°2 sera consacré à expliquer d’où vient ce nom et ce qu’il peut bien signifier. Je peux déjà vous dire que “Kahel” s’est formé à partir de “Karim” et de “Sahel” et que lorsque j’ai découvert que ce mot existait déjà, j’ai eu de belles surprises, comme de découvrir qu’il s’agissait du nom donné à une ancienne cité du Royaume de la Reine de Saba, par exemple.

C’est vrai qu’éditer une revue est une aventure. Elle m’a déjà permis de faire de belles rencontres. J’ai pu ainsi découvrir des auteurs contemporains que je ne connaissais pas, des auteurs absents des grands médias qui font pourtant la littérature de voyage d’aujourd’hui. J’ai créé cette revue pour offrir un peu de place aux écritures poétiques du voyage qui sont rares aujourd’hui dans le monde de l’édition. Pas assez vendeuses sans doute. J’accueille aussi bien des extraits de récits de voyage que des poèmes, des nouvelles ou des essais  sur la thématique du voyage.

kahel

Quels sont vos préférences en matière de littérature de voyage ?

Je ne suis pas un grand connaisseur de la littérature de voyage. Je me suis mis à en lire il y a peu. Mais j’apprécie les écritures de Louis Bertholom, Lionel Gérin, Julien Blanc Gras, Sylvain Tesson, Philippe Sauve. Pour ne citer que des contemporains.

Enfin, quelle est votre destination préférée ?

C’est la prochaine destination! Celle qui me fera grandir et que je soupçonnais à peine. Celle où je découvrirai une civilisation inconnue qui vit en harmonie avec la nature, qui ne fait pas la guerre et qui a l’âme poète.

Vous pouvez acheter le livre de Karim, « Les génies du fleuve Sénégal » aux éditions Artisans-Voyageurs, en cliquant ICI.

Une réponse to “Portrait : Karim, de l’écriture à l’édition, le voyage pour horizon

  • Je connaissais Kahel de nom, avec l’envie de collaborer. Je suis ravie d’en apprendre plus sur l’homme derrière le projet. Et j’ai maintenant envie d’en savoir plus sur son livre. Une curiosité sans fin, mais qui fait voyager en attendant de découvrir par moi-même le Sénégal.
    Merci pour ce portrait

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