Menu

Cinétrip : tripez dans le vide, avec Gaspar Noé

Oscar et sa sœur Linda habitent depuis peu à Tokyo. Oscar survit de petits deals de drogue alors que Linda est stripteaseuse dans une boite de nuit. Un soir, lors d’une descente de police, Oscar est touché par une balle. Tandis qu’il agonise, son esprit, fidèle à la promesse faite à sa sœur de ne jamais l’abandonner, refuse de quitter le monde des vivants. Son esprit erre alors dans la ville et ses visions deviennent de plus en plus chaotiques et cauchemardesques. Passé, présent et futur se mélangent dans un maelstrom hallucinatoire.

enterthevoidaffiche

Attention, cette fois-ci notre cinétrip vous propose littéralement un vrai grand trip, du bon délire cinématographique comme on n’en voit jamais sur nos écrans ! Enter the Void, le dernier long-métrage du redoutable Gaspar Noé (Seul contre tous, Irréversible…), sorti en 2010, ne fait pas dans la concession. Si on vous le présente aujourd’hui ce n’est pas tant pour visiter Tokyo. La capitale japonaise est ici une ville de néons quasi-surréaliste. On n’en voit au final pas grand-chose. Ville prétexte presque, si ce n’est le sous-texte asiatico-philosophique avec la micro-référence au Bardo-Thödol qui n’est pas développée par la suite, elle ne sert que de cadre aux aventures extraordinaires d’Oscar. Non, la distance géographique n’est pas, ici, la plus exotique. Au final, ce voyage est troublant parce qu’il nous invite à remplacer nos yeux, à changer de regard. Enter the Void nous met, sans ménagement, dans la peau d’Oscar. Nous regardons à travers ses yeux, comme pour mieux vivre les expériences étranges qui vont lui arriver dans les deux heures trente à venir.

De la consommation de drogues à l’errance de l’âme, rien ne nous est épargné. Le film propose alors un voyage cosmique comme si pouviez accrocher une GoPro à votre corps astral. Au niveau purement ésotérique, rien n’est dit, cette expérience ne cherche aucune explication. Il serait dommage de vouloir y trouver à tout prix une signification. Enter the Void, c’est avant tout une invitation au voyage. Au voyage astral peut-être, mais ce roller coaster géant se présente plus volontiers comme une expérience de cinéma aussi immersive qu’originale que comme une leçon de philosophie.

enterthevoid2

enterthevoid3

Le résultat est à des années lumières de ce que l’on est habitué à voir, mais dépasse largement le cadre du « film de petit malin » (Saw, Buried, Projet X…) qui, une fois sa radicalité constatée, perd toute portée. Derrière le choix de la vue subjective, le film dépasse les attentes de la simple prouesse technique et transcende son sujet. Noé et sa caméra sont comme en état de grâce, malgré les endroits glauques et les coïts tristes. La naïveté (le rapport à l’enfance) et la provocation (la vie des adultes) se mêlent jusque au tournis. Vertigineux. S’il y a bien quelques longueurs ici et là, le voyage (le vrai) se fait rarement sans quelques bifurcations imprévues. Ici, la lumière se fait transport et seuls les talents du directeur de la photo, Benoît Debie (qu’on a pu retrouver cette année sur le tout aussi fascinant Spring Breakers), semblent pouvoir organiser, avec le réalisateur, cette merveilleuse escapade expérimentale.

Déconseillé aux épileptiques, comme le roller coaster aux cardiaques, Enter the Void est un voyage dont, c’est certain, vous ne ressortirez pas indemne.

Les commentaires sont fermés.

Suivez nos aventures !

Si vous voulez tout savoir de nos voyages à deux autour du monde, suivez nous sur Facebook  !

%d blogueurs aiment cette page :