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Turin jour #2 vu par Matt : la villa della Regina et le musée du cinéma

Le ciel est gris, mais la pluie semble retenir ses larmes. Nous partons avec Chiara en voiture pour la villa della Regina, sur la petite colline qui, à l’Est, domine le centre ville. Charles, plus ponctuel, est le premier sur les lieux. Il nous attend avec Anna revenue nous faire la visite. Avec Antonia et Pat, partis dans la voiture de Silvia, nous arrivons avant nos valeureux collègues venus à pied avec Erika à leur tête. La villa della Regina semble encore endormie. Certains d’entre nous aussi. La joyeuse nuit de la veille n’aura pas été de tout repos.

De la visite d’Anna, j’ai essayé d’en entendre le plus, m’éclipsant poliment pour essayer de prendre tout de même quelques jolies photos. J’ai retenu par bribes, reconstituant l’histoire des lieux avec les souvenirs de Marie. C’est que cette ancienne demeure de la Maison de Savoie, avec ses jardins en amphithéâtre, ne manque pas de charmes. Nous commençons d’ailleurs la visite par les fameux jardins. Depuis la terrasse, la vue sur Turin, entre les arbres et les vignes, vaut largement le détour. On se croirait replongé dans une autre époque. Le travail sur la perspective dans les jardins, grottes et fontaines et la simplicité extérieure de l’imposant bâtiment rivalisent avec l’exubérance baroque du principal salon intérieur où les trompe-l’œil se fondent aux éléments d’architecture. Les peintres Giovanni Battista Crosato et Giuseppe Dallamano ou encore l’ébéniste Pietro Piffetti ont su, entre autres, y exprimer avec force toute la palette de leur talent. Les salles chinoises aussi font preuve d’un exotisme aussi chargé que raffiné. Cette belle et instructive visite se termine par une petite dégustation « à la Julienne » bien orchestrée par Giula Andreoli qui, en plus de me réconcilier définitivement avec les anchois, nous a servi après des verrines inspirées une panna cotta vraiment délicieuse. Pour arroser le tout, Franco Balbiano, l’actuel propriétaire des vignes de la villa est venu nous présenter en exclusivité les premières cuvées de la Vigna della Regina. Un vin fait à partir des raisins récoltés sur place : une petite production de Freisa de moins d’un hectare qui ne devrait pas tarder à s’agrandir. Les 5000 bouteilles tirées cette année de la renaissance de ce vignoble historique ne devraient donc pas tarder à s’épuiser. Le nez mature et subtil, la généreuse robe rubis et la bouche fruitée, avec des rémanences discrètes de sous-bois, laissent présager une belle durée de vie à ce charmant vin de garde. Travaillé de façon non pétillante en raison de la richesse de la terre, cette toute jeune cuvée Vigna della Regina est aussi raffinée que l’endroit où elle a grandi.

Après la dégustation, petit regroupement autour d’un café sur la piazza Vittorio Veneto, celle-là même où habita ma grand-mère et dont je commence à comprendre la passion pour sa si chère ville natale, et nous nous mettons finalement en marche direction le musée national du cinéma. Habitué de la cinémathèque à Paris, je ne m’attendais pas à grand-chose. Quelle ne fut pas ma surprise. Le Mole Antonelliana, véritable symbole de la ville, présente d’emblée une architecture des plus singulières. Destiné d’abord à accueillir une synagogue, l’imposant édifice fut, lors de son achèvement en 1889, le plus grand bâtiment en maçonnerie d’Europe. Affichant fièrement 167,5 mètres de hauteur, il offre par sa terrasse panoramique une vue imprenable sur toute la ville. La montée par l’ascenseur en verre, positionné au centre du bâtiment, vaut à elle seule le détour. Mais c’est loin d’être l’unique surprise de cet admirable musée. Un premier niveau, particulièrement bien  agencé rend hommage à l’archéologie du cinéma. On peut admirer, avec un regard d’enfant, le spectacle d’une autre époque en laissant l’œil voyager des lanternes magiques aux kinétoscopes toujours en activité. C’est comme assister à la naissance d’un art. Un moment rare et émouvant. La salle principale, au second niveau, est tout bonnement époustouflante. Confortablement allongé dans les fauteuils mis à disposition et devant des extraits de films emblématiques, on peut mesurer l’ampleur de l’impressionnante salle du Temple d’où partent toutes les pièces secondaires rendant hommage aux grands thèmes cinématographiques. Le cinéma italien y est plusieurs fois honoré, mais le cinéma américain n’est pas en reste. La mythologie de la représentation de la violence y est exposée dans une mise en scène de salon d’époque, confrontant les images d’archives de l’assassinat de Kennedy  et leur double de cinéma. Le western, le dessin-animé, le cinéma d’horreur et à peu près tous les genres y sont présentés avec inventivité et panache. Enfin aux troisième et quatrième niveaux, l’industrie cinématographique est expliquée de façon ludique et s’achève sur une belle collection d’affiches. On regrettera à peine d’avoir raté l’exposition provisoire sur Scorsese, terminée peu avant notre arrivée, mais on ne saurait que conseiller au visiteur de passage de ne manquer sous aucun prétexte cette visite indispensable.

Le temps de faire un dernier détour en ville et quelques courses à l’Eataly – de quoi trouver enfin une bouteille de Pinot grigio rosato que je cherchais depuis longtemps et une bonne Grappa di Barolo – que c’est déjà l’heure de s’en aller. La pluie se met à tomber timidement, comme si la ville était triste de nous voir partir. Nous aussi, nous serions volontiers restés plus longtemps. On m’avait parlé de Turin comme d’une ville maussade, j’y ai découvert tout le contraire. Ce Turin-là est une ville riche, aussi bien architecturalement que culturellement. Une ville gourmande et calme. Imaginez un peu Marseille en moins ensoleillée, mais ce n’est pas vraiment ça… De temps en temps, les étudiants prennent d’assaut certains quartiers et l’on se croirait presque alors à Montpellier. Même quand la pluie est de la partie, il est des villes, comme Édimbourg par exemple, où la grisaille n’est jamais triste. J’ai eu l’impression que Turin était de ces villes-là. C’est toujours difficile de s’exprimer par des comparaisons forcément biaisées. Au fond, Turin, comme beaucoup de belles villes, est unique. Peut-être je m’avance un peu, deux jours c’est toujours un peu court pour les constatations. A vous donc d’allez vérifier sur place, j’en suis persuadé, vous nous en direz des nouvelles.

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