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Cinétrip : Letter to America, immersion dans la Bulgarie profonde

Nous l’évoquions à peine dans notre top 10 des films de voyage. Letter to America méritait bien un petit cinétrip pour lui tout seul. Direction donc la Bulgarie avec ce joli film de la réalisatrice Iglika Triffonova.

affiche letter

L’histoire est celle d’Ivan, habitant de Sofia, qui décide de partir à la recherche de la grand-mère de son ami Kamen dans la campagne bulgare. Celle-ci connaît une chanson oubliée qui parle d’amour et de mort et que Kamen, immigré aux Etats-Unis où il travaille dans le théâtre, voulait entendre, avant qu’un accident le plonge dans le coma.

Le film s’ouvre sur la ville de New-York, filmée directement par Kamen en plein Times Square. C’est une ville en pleine effervescence où le métissage annihilerait presque toute identité. On y croise des blancs, des noirs, des Indiens, des hommes en costards, des saltimbanques, des punks… une espèce de tribu informe où chacun pourtant semble être à sa place et où tout le monde semble savoir où il va. Une ville parfaite de citoyens du monde ? Plus tard, au milieu d’eux, une réflexion de Kamen montrera que ce n’est pas si simple. Il se demande comment se fait-il qu’il se sente si seul au milieu de cette foule.

Après ces vues subjectives de New-York, Letter to America s’arrête sur le visage d’Ivan, fumant une cigarette, et commence à présenter la capitale bulgare au détour d’un plan sur des barres d’immeubles. Et Sofia, grise, à l’air d’une triste cité de béton. D’autres plans viendront nous conforter dans cette idée. Ivan, de son côté, en pleine crise d’inspiration (il est auteur), semble en proie au doute, comme prêt à se suicider quand il regarde le vide depuis son balcon. Sa petite amie Nina semble son seul lien avec la vie. Dans les vidéos qu’il leur envoie, Kamen a l’air plus épanoui. Il leur a d’ailleurs fait cadeau d’un petit caméscope numérique pour qu’ils puissent aussi correspondre par ce biais. Mais le malheur peut frapper n’importe où et Ivan et Nina apprennent, par un simple coup de téléphone, que leur ami est dans le coma. Ivan s’empresse de vouloir aller à son chevet mais son visa pour les Etats-Unis lui est refusé. Il part donc à la recherche de la grand-mère de Kamen pour retrouver la fameuse chanson dont son ami lui avait parlé et qu’ils ont tous deux oubliée. On est a la vingtième minute du film seulement et Ivan, avec sa caméra, quitte Sofia en stop, pour rejoindre la campagne aux alentours de Sandanski.

Déjà la Bulgarie se fait plus ensoleillée. Au fil de ses rencontres, Ivan filme ces inconnus qui se retrouvent sur son chemin : des gens qui le transportent sur une portion de route, en voiture, en camion ou même en tracteur, une jeune fille qui lui donnera un peu d’eau… et chacun y va de sa petite anecdote ou de sa réflexion personnelle. Et plus on s’éloigne de la ville, plus les gens ont l’air sympathique et plus la vie à l’air heureuse, quoique rude. La Bulgarie de Letter to America semble définitivement séparée en deux. Des villes tentaculaires d’un côté, où l’homme est comme broyé et, de l’autre, des villages perdus où le temps semble s’être arrêté, où les traditions demeurent, mais où les jeunes sont rares. Entre les deux, la route et une fontaine d’une autre époque d’où l’eau s’est enfuie et où des paquets de cigarettes abandonnés ont trouvé demeure. C’est comme si les villes et les villages ne pouvaient pas prendre la même direction, à l’endroit où ils se rencontrent. L’eau – et donc la vie – s’en est allée.

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Arrivé au village, une remarque de l’un des habitants l’interpelle. Alors qu’il essaye de faire le médiateur lors d’un débat, un homme avec une face de paysan lui répond qu’à force de vouloir concilier tout le monde sans donner d’avis tranché, il ne fait que parler pour ne rien dire. Ce n’est que du vent. « Tu es peut-être éduqué, mais tu es stupide » lui dit-il. Une fois de plus, la réalisatrice se place du côté de ce monde des campagnes. Les interprètes, pour la plupart, sont d’ailleurs des acteurs non-professionnels et la vie des champs s’est inscrite au plus profond de leur être. Dans les linéaments de leurs visages et jusque dans la profondeur de leur cœur. Ces rencontres douces-amères, toujours tendres, tempèrent une première partie plus volontiers dramatique.

Si le film est parfois naïf, c’est toujours pour servir la campagne qui, dans le film, est présentée comme l’âme de la Bulgarie. Le village, tout en bois, nappé de lumière diffuse, à presque l’air d’un endroit magique où des silhouettes d’un autre temps s’échinent à maintenir les traditions sans personne, derrière eux, à qui les transmettre (la jeune fille au village préfère lui fredonner la chanson de Titanic…). On y voit les rituels liés à la mort, la façon traditionnelle de teindre le fil ou de faire le pain… Et d’un témoignage à un autre, d’une chanson à une autre, Ivan, finalement aussi déraciné que Kamen, retrouve peu à ses racines. Ce voyage pourrait-il les sauver tous les deux ?

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Letter to America parle des cultures, de celles qui, heureusement, se rencontrent (Kamen aux Etats-Unis est devenu ami avec un voisin Japonais) et de celles qui, faute d’héritage, semblent vouées à s’éteindre. Si Sofia ne fait pas rêver, Letter to America nous invite véritablement à visiter la Bulgarie oubliée, celles des villages d’hier aux lendemains plus qu’incertains. Le film, proposé à la compétition du meilleur film étranger pour la 73ème cérémonie des Oscars, n’avait cette année-là pas été retenu. Il faut croire que la Poste, aux Etats-Unis, n’avait pas bien  fait son boulot. Tant pis, cette lettre vous parvient aujourd’hui, elle est pleine d’émotions et de sincérité.

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