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Mystères en Provence…

En Provence, il semblerait que les mystères soient faits pour perdurer. Il y a des légendes, des énigmes partout où le temps a fait son œuvre. Par chez nous, en tout cas, il y en a beaucoup. Nous n’avons pas la prétention d’y répondre, juste d’attiser la curiosité. Une façon comme une autre de maintenir la flamme. Les quelques endroits que nous évoquons ci-dessous vous proposeront de vous éloigner un petit peu des circuits touristiques. Il est peu probable qu’au cours de votre visite vous trouviez des réponses claires aux questions suscitées par ces lieux mystérieux. Peut-être, en revanche, à votre tour vous maintiendrez la flamme.

 

 

L’énigme du Masque de fer à l’île Sainte-Marguerite

Au départ de Cannes, le bateau vous dépose directement sur l’île Sainte-Marguerite, la plus grande des deux îles du petit archipel des îles de Lérins. Depuis le continent déjà on peut voir l’imposant bâtiment, le fameux fort royal qui dès 1685 abrita une prison d’Etat. A l’intérieur, dans l’actuel musée de la mer, la cellule où vécut le masque de fer : mystérieux personnage dont l’Histoire aujourd’hui encore n’est pas parvenue à démêler le vrai du faux.  Qui était-il ce prisonnier dont on sait désormais que le visage était plus véritablement couvert de cuir, sinon de velours ? Enfermé plus de dix ans, de 1687 à 1698 dans la cellule dès lors visitable, il n’a semble-t-il laissé aucune trace pouvant nous amener à retrouver sa véritable identité. Il a nourri abondamment la littérature et, derrière elle, le cinéma, mais son existence réelle reste une énigme.

Fils d’Anne d’Autriche et de Mazarin, Comte Mattioli, Ministre du duc de Mantoue, Eustache Dauger, prêtre de la maison du roi, Eustache de Cavoye, ancien page mis en cause dans l’Affaire des poisons, sinon gendre du médecin chargé de l’autopsie de Louis XIII… on lui prête différentes identités.  Même la raison de sa présence au cachot n’est pas déterminée. Suivant les personnages, il aurait pu être au courant de la stérilité du roi ou puni pour une simple manque de discrétion dans les affaires diplomatiques. L’hypothèse la plus largement répandue, celle de Voltaire, serait qu’il fut le frère jumeau du Roi-Soleil. De cette dernière a dérivé l’idée qu’il puisse être directement le roi, éjecté du trône au profit d’un jumeau pantin. Saurons-nous jamais la vérité ? On lui prête aussi la paternité du grand-père de Napoléon. Nul doute, en raison de son traitement si particulier qu’il s’agissait d’un prisonnier de la plus haute importance.

La visite de l’étroite cellule ne vous permettra malheureusement pas d’en apprendre beaucoup plus. Mais le musée est volontiers plus bavard sur les autres prisonniers célèbres qui ont été enfermés au fort. Une visite immanquable donc, aussi bien pour les amateurs d’Histoire que pour le touriste en quête de légende. Pour le reste, l’île est assez charmante. En une journée on peut visiter la deuxième dans la foulée, Saint-Honorat, sur laquelle se trouve une abbaye encore en activité. Il faut toutefois avoir le temps de faire un retour vers Cannes pour prendre un autre bateau puisqu’aucune navette n’assure la traversée d’une île à l’autre. Là aussi, les légendes ne manquent pas entre les talismans d’Apollonius et les miracles de Saint Honorat en personne. Dans tous les cas, la ballade dans les bois, à l’écart des touristes, est des plus agréables, jusqu’aux criques, où la baignade dans l’eau turquoise vous changera des plages bondées de la côte.

 

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(©cannes.com – cannes-destination.fr)

 Ovnis et fantômes autour de Caussols et dans tout le Col de Vence

On entend souvent parler de choses bizarres, de lumières dans le ciel et de sifflements étranges. Certains curieux rodent sur place à la recherche des mystères du lieu. On évoque des ovnis et même des fantômes de templiers. Qu’en est-il vraiment ? Nous n’avons pas la prétention de donner une réponse définitive. En ce qui nous concerne, les extraterrestres de Caussols, nous ne les avons jamais vus. Si des témoignages existent, il semblerait qu’il s’agisse de simples canulars, comme les cercles de Coursegoules qui seraient en fait des manèges à chevaux, mais cela ne signifie pas pour autant qu’il ne s’y passe rien. L’endroit, montagneux et proche de la mer, bénéficie d’un ciel propice aux observations. Avec l’observatoire du plateau de Calern sur place, même s’il ne se concentre pas sur cette recherche, il paraît difficile d’imaginer que des phénomènes surnaturels aient pu échapper aux moyens technologiques mis en place. Personnellement, je n’ai bivouaqué qu’une nuit sur le plateau, il y a plusieurs années, seulement dans le but d’assister à un joli lever de soleil. Je me suis réveillé avec les pieds gelés (prévoyez donc des vêtements chauds avant de tenter l’expérience) et des nuages nous ont empêchés de voir quoi que ce soit. Depuis, je n’ai pas renouvelé l’expérience. Plutôt que de chercher des petits hommes verts, on vous invite à assister à la Nuit Coupoles Ouvertes, en juin, pour apprendre un tas de choses intéressantes.

Au niveau des fantômes de Templiers, une fois de plus les témoignages rencontrés semblent tenir du canular. Des amis néanmoins ont assistés à des phénomènes étranges. Lors d’une soirée camping, l’une d’eux arrivée en avance avec deux autres collègues a entendu des sifflements entre les feuilles, comme si le vent passait en force dans les branches des arbres. Problème, il n’y avait ni arbres, ni feuilles à proximité, juste de la roche. Quand les sifflements ont commencé à tourner autour d’eux, ils sont partis en courant se réfugier dans leur voiture. Ils ont attendu que tout le monde arrive et à partir de ce moment les bruits avaient cessé. Dans un autre ordre d’idée, je visite régulièrement les petits villages de l’arrière pays. A Massoins, les jeunes du village ont assisté, il y a plusieurs années, à un drôle de phénomène. Alors qu’ils étaient en train de jouer dans l’endroit le plus haut du village, au milieu des ruines d’une église, ils ont vu une apparition dans le ciel. Un chevalier de lumière fonçait vers eux, à cheval, avant de disparaître mystérieusement. Ils étaient plusieurs et sous l’effet d’aucune substance. Tous ont déclaré avoir vu la même chose, à part deux d’entre eux qui prétendaient avoir vu une sorte d’ange flottant avec un cierge entre ses mains jointes. Le fait que les témoignages ne coïncident pas parfaitement ne tend pas particulièrement à rendre cette histoire véridique. Mais un ami faisait partie de ce groupe d’enfants de 12 ans, et n’avait aucune raison de me mentir quand il me raconta cette histoire. Fantôme ou hallucination collective, le fait est que les Templiers ont bien occupé cette région de Provence. Les trésors de l’ordre, selon certains, seraient encore dans les parages, dissimulés selon les précautions du templier Auger Guigonis et son amante Bertrade d’Arlac. Pour le reste, le mystère demeure.

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Une mythique cité perdue au bord de l’actuel village de Sisteron

Sisteron. 485 mètres d’altitude. 8000 habitants. A mi-chemin quasiment entre Marseille et Nice, Cette « Porte de la Provence » qui ouvre sur le Dauphiné est surtout connue pour être la ville natale du poète Paul Arène. « Mais enfin, toi qui as beaucoup voyagé, connais-tu un pays plus beau que celui-ci ? ». Et le poète ne se trompe jamais, la visiter vaut largement le détour. Cette cité fortifiée est riche de nombreux monuments et offre un point de vue remarquable sur la Durance et sur la flore alentour. Un endroit magique comme la Provence en recense quelques uns. Mais celui-là a quelque chose de plus. Quelque chose que l’Histoire, pourtant chargée, ne dit pas. Ne saurions-nous pas arrivés, en vérité, aux portes de l’antique citadelle des mages ? A une bonne dizaine de kilomètres à l’est du village dans la direction de Saint-Geniez, se trouve une  pierre indiquant l’emplacement de l’ancienne Théopolis.

« Claudius Postumus Dardanus, homme illustre et revêtu de la dignité de patrice, ancien consulaire de la province de Viennoise, ancien maître au bureau des requêtes, ancien questeur, ancien préfet du prétoire des Gaules et Naevia Galla, noble et illustre femme, son épouse, au lieu dit Théopolis, ont fourni un chemin viable en faisant tailler des deux côtés les flancs de la montagne et qu’ils ont fortifié par des murs et des portes ; ce travail, accompli sur leur propre terre et néanmoins destiné à la sûreté de tous, a été réalisé avec l’aide de Claudius Lepidus, frère et compagnon de l’homme susmentionné, ancien consulaire de la province germaine, ancien secrétaire de l’empire, ancien intendant des affaires privées. Afin que leur sollicitude pour le salut de tous et le témoignage de la reconnaissance publique puissent être montrés par cette inscription. » Voila la traduction de ce que l’on peut lire, en latin, sur la fameuse pierre gravée. Qu’elle fut-elle, cette cité de Dieu ? Étrangement, c’est la seule trouvaille archéologique qui soit parvenue jusqu’à nous.

On sait que Dardanus, converti au christianisme, entretenait une correspondance avec Saint-Augustin pour qui il exprimait le plus profond respect. Certains ne voient en Théopolis qu’un petit lieu communautaire où les chrétiens étaient invités à venir se rassembler. De ce domaine monastique, il ne resterait peut-être que la crypte de la chapelle Notre-Dame-de-Dromon, mais les doutes quant à l’âge du monument ne permettent pas de pouvoir valider cette hypothèse. Pour d’autres, Théopolis était une véritable ville. En prenant en considération certains éléments du géographe Strabon et par des recoupements, certes approximatifs, avec le peu que l’on sache encore de la mystérieuse cité initiatique d’Aeria, plus ancienne, où s’élevait le temple du Feu, on est en droit de douter. Aeria et Théopolis n’auraient-elles pas été créées sur le même terrain ? Les fouilles officielles sont malheureusement limitées et n’autorisent actuellement aucune certitude. De plus, de nombreuses grottes, la plupart inexplorées, parsèment la montagne. Les dieux étaient-ils invoqués dans ces cavités secrètes, ou les tremblements de terre ont-ils eut raison de ces cités désormais ensevelies ?  Le dernier veilleur s’est-il éteint avec Dardanus, ou peut-être aujourd’hui encore un paysan sublime est le dernier gardien des mystères du lieu ? Et comme tous ceux qui savent, il se tait… A vrai dire, le saurons-nous un jour ?

 

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(©J. Huguet – saint-geniez.net)

Les mystères des processions de Roquebrune-Cap-Martin

 En 1467, la peste fit de nombreux ravages en Provence. Près de 8000 victimes à Nice. Saint-Laurent-du-Var est totalement vidée. Saint-Jean d’Alloche va disparaître. Quand Roquebrune est menacée, ses habitants implore la patronne de Notre-Dame de la Pausa. Le 26 juillet de cette dramatique année, ils processionnent et prient neuf jours d’affilée. Le neuvième jour, le fléau brusquement s’arrête. En signe de reconnaissance, les habitants décidèrent de refaire cette procession tous les 5 août, à la date anniversaire de leur salut.

Depuis plus de cinq siècles ils sont 150 acteurs amateurs à se transmettre le rôle de père en fils ou en cousins et à arpenter la rue depuis le parvis de l’église Sainte-Marguerite jusqu’à la chapelle de la Pausa. Miracle divin ou pas, tous les cinquante pas, masqués, ils miment un tableau vivant dont ils sont les interprètes. Ils représentent les disciples du Christ, les saintes femmes, des légionnaires Romains… Moins connue que le Carnaval de Nice, cette procession témoigne pourtant de l’histoire de la région et de la ferveur de sa population.

Moins une procession qu’une fête, avec son bal et ses défilés, il existe aussi la fête des genêts, qui cette année avait pour date les 29 et 30 juin. Son origine tient de la légende. On dit que les genêts ont sauvé Roquebrune. Les circonstances sont pour le moins bizarres. Il y a très longtemps, tous les jeunes hommes parmi les habitants mourraient noyés, attirés dans les flots par le chant de mystérieuses sirènes. Une jeune fille, qui tenait à son fiancé, implora la Vierge pour qu’il fût épargné. Peu de temps après, elle rencontra une vieille femme qui lui offrit trois brins de genêts. Bientôt, ils se multiplièrent jusqu’à barrer complètement l’accès à la mer. Le village était sauvé, mais ce qu’il advient des sirènes en colère, l’histoire ne le dit pas. Gare à toi, donc, l’étranger, si tu croises une charmante créature sur la plage… Vérifie qu’elle ne soit pas à moitié poisson et si elle t’entraîne vers le large, plutôt deux fois qu’une, méfie-toi !

Un dernier cortège enfin porte le nom curieux de « procession des Limaces ». Il faut alors s’écarter un peu jusqu’au village de Gorbio, non loin de là, même si d’autres villages, comme Sigale plus loin dans les terres, la pratiquent aussi. Dans toutes les rues, des coquilles d’escargots servent de petites lampes à huile selon une tradition qui pourrait remonter jusqu’à l’an 1316. Cette fête intrigante et atypique se déroule, sans guère de publicité, durant la Fête-Dieu.

M.V nice.fr

(©M.V. – nice.fr)

Le sexe en fleur ou en cire de Varages aux bois de l’Escarène

Enfin, pour conclure cette chronique succombons finalement aux plaisirs de la chair. Et voyageons un peu dans la Provence sensuelle et méconnue. Selon le mémorialiste Pierre de L’Estoile dans le Journal d’Henri III, à Varages, dans le Var, on vénérait comme il se doit Saint Foutin à qui on attribuait des stérilités guéries et des rétablissements de maladies secrètes. « On offre à ce Saint les parties honteuses de l’un et de l’autre sexe, formées en cire. Le plancher de la chapelle en est fort garni, et lorsque le vent les fait entrebattre, cela débauche quelque peu les dévotions en l’honneur de ce Saint. Je fus fort scandalisé, quand j’y passai, d’ouïr force hommes qui avaient nom Foutin. La fille de mon hôte avait pour marraine une demoiselle appelée Foutine. » nous dit l’auteur. Si la ville aujourd’hui est plus célèbre pour ses faïences, fut un temps on devait s’y rendre avec d’autres idées derrière la tête.

Il en était de même pour la forêt du Farghet, dans les bois de l’Escarène, au dessus de Nice, connue pour avoir hébergé une célèbre nymphomane. Devant sa maison perdue au fond des bois, elle aimait se balader dans le plus simple appareil pour aguicher les bergers ou les promeneurs qui passaient par là. Réputée pour sa soif insatiable elle avait usé plus d’un partenaire jusqu’à ce que l’un d’eux se décide à porter plainte pour viol. La plainte est authentique. Ce que l’on ignore, c’est si la brigade de gendarmerie à succomber ou non aux avances passionnées de la tentatrice créature. Ce mystère n’est donc pas bien grand, mais l’anecdote était suffisamment farfelue pour mériter d’être citée. Aujourd’hui, en tout cas, les bois ont retrouvé toute leur sérénité et il ne sert plus à rien, comme certains baroudeurs d’autrefois, d’aller s’y égarer volontairement.

Ce n’est toutefois pas toute la Provence qui a retrouvé son calme. Rappelez-vous bien qu’il y a peu, à Avignon, une campeuse a été réveillée par un inconnu qui lui léchait l’anus. La nymphomane de l’Escarène aurait-elle, avant de disparaître, accouché d’une descendance ? La Provence est décidemment pleine de drôles de mystères…

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(©touetdelescarene.fr – varages.fr)

Pour finir sur une touche plus sérieuse et surtout pour plus de renseignements ou pour découvrir d’autres lieux fascinants, nous vous conseillons vivement la lecture des ouvrages suivants :
– Guide la Provence mystérieuse, par Jean-Paul Clébert, aux éditions Tchou.
– Histoires et légendes de la Provence mystérieuse, par Jean-Paul Clébert, aux éditions Sand.
– Légendes et Chroniques insolites des Alpes-Maritimes, par Edmond Rossi, aux éditions Equinoxe.
– Les sites magiques de Provence, de Guy Tarade et Jean-Marie Barani, aux éditions Robert Laffont.
– Côte d’Azur insolite et secrète, de Jean-Pierre Cassely, aux éditions Jonglez.

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