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Cinétrip : Bon baisers de Bruges, le tueur qui n’avait pas la frite

Pour voyager il ne faut pas toujours aller au bout du monde. Qui dirait, par chez nous, que la Belgique est exotique ? Pas grand monde, nous en convenons. Pourtant, c’est là que nous vous proposons de voyager aujourd’hui, grâce au premier film du réalisateur Martin McDonagh. L’idée du film lui est venue après un week-end de tourisme à Bruges. Charmé autant qu’intrigué par la ville, le cinéaste d’origine irlandaise en a fait le théâtre de son intrigue. Bons baiser de Bruges raconte l’histoire de deux tueurs à gages, Ray et Ken, qui reçoivent l’ordre d’aller se faire oublier quelque temps à Bruges, après un contrat qui a mal tourné à Londres. Ray, torturé par son passé, dépressif, déteste la ville tandis que Ken se laisse gagner par le calme et la beauté de la cité. Tous deux attendent des nouvelles de leur patron.

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Bon baisers de Bruges développe peu à peu, à l’image de ses protagonistes, une réflexion sur le ressenti. Pour avoir voyagé à deux, on sait combien les impressions peuvent parfois différer. Ici, Bruges se découvre deux visages. Une image de carte postale d’un côté et une cité triste de l’autre. Qu’en est-il véritablement ?

Je n’ai eu la chance de visiter Bruges qu’une fois. J’avais vraiment de la chance, ce jour là il faisait beau, ce qui n’est pas particulièrement fréquent dans le nord-ouest de la Belgique. Avec le soleil, Bruges faisait effectivement office de parfaite carte postale. Je ne suis jamais allé à Venise mais j’imaginais très bien que son surnom de « Venise du Nord » n’était pas volé. La cité médiévale est remarquablement conservée et se balader, aujourd’hui encore, au grès des canaux est tout bonnement enchanteur. La ville, inscrite au patrimoine de l’UNESCO depuis l’an 2000 bénéficie d’une belle richesse architecturale et d’une atmosphère unique qui en font un des endroits les plus romantiques que je connaisse. Par contre, Bruges est assez chère en comparaison au reste de la Belgique et je me souviens m’être dit qu’il fait bon y passer un weekend mais que je ne suis pas certain que j’aimerais y vivre. Le film, avec ses ressentis antagonistes, m’a justement rappelé cette réflexion. On ne vit pas dans une carte postale…

Le film de McDonagh présente pourtant la ville sous ses meilleurs atouts. On y voit tour à tour la place Jan Van Eyckplein (qui, en vrai, a presque l’air d’un décor de cinéma), le musée Groeninge qui présente les peintres primitifs flamands dont Jérôme Bosch (un de mes peintres préférés au passage) à qui le film fait référence dans son esthétique, l’imposant Beffroi et la Basilique du Saint-Sang, véritables monuments représentatifs de l’architecture médiévale brugeoise, le romantique Lac d’Amour, le restaurant Cafedraal, le Diligente Bar et même la gare. De quoi s’imprégner efficacement de la beauté gothique des lieux.

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En plus de bien présenter la ville, le réalisateur l’enveloppe dans une ambiance mystérieuse et quasi surréaliste qui lui sied parfaitement. N’ayons pas peur des mots, cette Bruges-là est tout à fait exotique. En plus, elle cite ouvertement le réalisateur Nicolas Roeg (un de mes cinéastes préférés encore une fois) ce qui faisait qu’il était difficile de ne pas vous la présenter dans notre rubrique cinétrip. Cependant, nous sommes conscients que le compliment « il y a des beaux monuments » comme l’expression « il y a de jolis paysages » est rarement bon signe quant au reste des qualités du film. Ici néanmoins, c’est loin d’être le seul mérite de l’œuvre. Remarquablement bien écrit, Bons baisers de Bruges offre des personnages, originaux et touchants soutenus par l’interprétation sans faille de Colin Farrell et Brendan Gleeson. Ces deux tueurs à gages en pleine introspection sont bien loin des clichés du genre. Le film d’ailleurs, plutôt que de sa cantonner à un seul genre, préfère flirter entre l’action, la comédie et le drame et vous fait passer du rire aux larmes avec une aisance déconcertante.

Aussi jubilatoire qu’un Tarantino mais avec une profondeur étrange, Bons baisers de Bruges est vraiment un film unique, original et touchant. Une bonne surprise que ne laissait pas forcément présager l’affiche française un peu trop portée sur l’effet carte postale avec sa tagline (la Belgique : ses moules, ses frites et ses tueurs à gages) bien moins fine que l’humour du film.

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