Menu

Cinétrip : Immersion dans La forêt d’émeraude de John Boorman

Pour ce troisième cinétrip, retour en Amazonie après notre aventure péruvienne de l’année dernière. On vous avait promis du grand public, chose promise, chose due ; on revient sur le film culte de John Boorman : La Forêt d’émeraude.

the-emerald-forest-1985-ws-fs-r1-inside-cover-37511

Pourquoi la Forêt d’émeraude. Par simple nostalgie de la jungle ? Non. Un gros besoin de se mettre au vert ? Non plus. Un choix au hasard peut être, comme le gagnant du loto dans la publicité ? Encore moins. La Forêt d’émeraude, c’est un petit voyage au Brésil et une grande plongée dans le poumon de la terre. Dans son film d’aventure écologiste, Boorman revient sur un aspect essentiel (du moins pour nous) du voyage : l’ouverture et le partage.

L’aventure commence en 1972, quand le scénariste Rospo Pallenberg tombe, en parcourant les pages du Los Angeles Times, sur un fait divers étonnant narrant l’histoire d’un ingénieur péruvien dont le fils a été enlevé par des Indiens. De l’histoire vraie, le réalisateur va tirer une métaphore de notre société. Dans le film, l’ingénieur Bill Markham, interprété par Powers Boothe, est américain. Il permet la construction d’un barrage qui assèche une partie de la forêt et contribue à l’avancée massive de la déforestation. Des images chocs : la forêt magnifique laisse place à un triste amoncellement de béton. À la lisière des deux, des arbres sont dépecés. Barbarie acceptable et mécanique d’un capitalisme dangereux. Un message clair : dans la plus grande indifférence, nous tuons la planète. Le plus triste, c’est que ce message est toujours d’actualité.

f_232

Quand le fils de Markham est kidnappé, il est encore un enfant. Dix ans passent et son père lance une énième expédition à sa recherche. En s’enfonçant dans la forêt, il va entrer en contact avec les tribus qui y vivent. Les Féroces d’abord, des cannibales dons les terres ont été rasées et qui sont venus vivre sur la terre des Invisibles. C’est chez derniers que vit son fils Tommy, devenu adolescent. Le film ne se concentre pas tant sur les retrouvailles entre un père et son fils que sur le choc des cultures. En nous décrivant précisément le mode de vie des Invisibles (le réalisateur a étudié et retranscrit les rites et les coutumes de la tribu Xingu) Boorman nous les rend familiers et nous fait partager leur belle philosophie. Le film, très documenté, fait preuve, à ce niveau, de qualités ethnologiques indéniables. On a pu lui reprocher une certaine naïveté, se représentation des Indiens renvoyant à une certaine image d’Epinal et son récit surtout, faisant preuve de manichéisme. Derrière la fable verte, Boorman ne s’était pourtant pas trompé. Aujourd’hui encore la forêt recule, les « bords du monde » se rapprochent et les dernières tribus semblent vouées à disparaître. Le film véhicule alors, parallèlement aux nombreux rebondissements de l’aventure, une douce et poignante tristesse. A la fin, et malgré un relatif happy-end, qu’adviendra-t-il des Invisibles ? D’une certaine manière, c’est l’homme blanc qui est le gardien de leur survie et de leur tranquillité. A lui donc de faire changer les choses,  mais les choses n’ont pas vraiment changé depuis.

emeralf-forest-slideshow-pic

Le voyage auquel Boorman nous invite nous conduit au cœur de la forêt, dans des endroits merveilleux et trop souvent (bien heureusement aussi) inaccessibles. En le revoyant, on se demande si Cameron ne s’en est pas largement inspiré pour son Avatar. Mais ce voyage n’est pas seulement géographique. C’est aussi un voyage initiatique. En pénétrant le mystère de ces sociétés tribales, le réalisateur pose un regard censé, respectueux et ouvert sur les origines de la magie. Loin de l’exotisme ésotérique d’un Harry Potter, Boorman parle d’une croyance aussi simple qu’indéfectible où le rituel et la philosophie s’entremêlent pour ouvrir les portes d’un royaume qui nous est, depuis longtemps, devenu étranger. Le film présente alors ces tribus, sinon certaines d’entre elles, comme les gardiennes d’un savoir que nous avons progressivement délaissé jusqu’à l’oublier complètement. Les Indiens de son film ont bien des pouvoirs magiques. Ce n’est peut-être pas la magie fantastique qui fait rêver les foules, mais il s’agit bien, pour le coup, de magie véritable.

la-foret-demeraude_03

Au niveau purement cinématographique, le film est passionnant. Bien rythmé, finement écrit, somptueusement photographié, admirablement joué… la réussite est totale. Nous l’avons revu hier et il n’a pas pris une ride. C’est souvent la marque des grands films : résister à l’épreuve des années. C’est l’un des plus beaux témoignages de cinéma sur les tribus amazoniennes. Film d’aventure avant tout, cette Forêt d’émeraude est un pur et grandiose divertissement familial. Un voyage merveilleux. A (re)voir d’urgence donc en espérant que, pour une fois, l’utopie supplante la réalité.

Les commentaires sont fermés.

Suivez nos aventures !

Si vous voulez tout savoir de nos voyages à deux autour du monde, suivez nous sur Facebook  !

%d blogueurs aiment cette page :