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Cinétrip : « La mer à boire » ou la croisière ne s’amuse pas toujours

En attendant de vous raconter notre virée aux Cinque Terres, notre deuxième cinétrip vous propose de voyager un peu en Italie. Direction une ville tentaculaire que nous avons, pour l’occasion, à peine traversée en voiture, Gènes, et son port plus précisément (le plus important d’Italie et le deuxième d’Europe) avec le film « La mer à boire ».

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Derrière la caméra, on trouve le réalisateur Renato Castellani, lui-même originaire de la région de Ligurie. S’il compte parmi les précurseurs avec « Mio figlio professore » en 1946, à l’heure où le néoréalisme, devenu rose, bascule lentement vers la comédie à l’italienne, Renato Castellani n’a jamais fait partie des cinéastes les plus adulés. On est en 1963 et « La Mer à boire » se monte d’abord sur le nom de ses interprètes. En effet, c’est devant la caméra que tout se joue, avec un casting trois étoiles dominé par Gina Lollobrigida, Jean-Paul Belmondo et Oduardo Spadaro. A la base, le projet qui était prévu comme un film à sketches, prend la forme, sous les coupes de la production, d’un étrange film chorale.

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Le pitch. A Gênes, des fils Parenti essayant de gagner un peu d’argent malgré les frasques de leur père (Oduardo Spadaro), on passe à Benedetto, marin désargenté, fuyant sa pension pour rejoindre sa mère et ses sœurs dans le sud et régler les problèmes familiaux. A la pension, le Livournais (Belmondo), reprend sa place et entame une idylle avec la maîtresse de maison (Gina Lollobrigida). Il fait alors la connaissance de Drudo, le père Parenti, reconverti pour l’occasion en capitaine, et partent ensemble sur les eaux pour livrer une cargaison de vin malgré la tempête.

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La narration est donc assez particulière, éclatée dans cette volonté de suivre chacun des personnages, mais le tout, porté par un regard acide mais toujours fraternel, se laisse regarder non sans un certain plaisir. Si la réalisation est loin d’être exceptionnelle, l’écriture est suffisamment fine pour élever le film. Aidé de Leonardo Benvenuti et Piero De Bernardi, scénaristes entre autres chez Comencini, Monicelli ou Leone, Castellani dépeint l’Italie des petites magouilles. En suivant le quotidien des marins de Gènes, les auteurs s’attardent sur le contexte social de l’après-guerre, où la pauvreté se lit sur les visages et sur les murs. Mais la dureté de cette description est largement compensée par la farce, moqueuse mais tendre. Au niveau du jeu d’acteur, si Bébel, cabotin, fait bien du Bébel, Lollobrigida, très juste, met suffisamment de convictions dans son histoire d’amour contrariée tandis que l’excellent Oduardo Spadaro se charge, non sans nuances, de la dimension comique. Piero Morgia, dans le rôle du malheureux Benedetto poursuivant les amants de ses sœurs et Tomas Milian, plus sobre que jamais (ou presque) malgré un petit rôle de marin porté sur la boisson, complètent le tableau. La Mer à boire n’est pas un chef d’œuvre, loin de là, mais il est plus loin encore d’être un mauvais film et pourtant il est assez injustement oublié. Avec Mare Matto (c’est le titre original), si ces fous de la mer manquent un peu de folie, on ressort, sans forcément avoir chaviré dans la tempête, empreint d’une douce mélancolie où l’amertume est chaleureuse et le rire sérieux. Le final, à cette image, est assez beau.

Une édition DVD existe aux éditions L.C.J. avec la VF uniquement et peu de bonus (mention spéciale à la filmographie de Milian sur un cliché de Piero Morgia) en attendant une éventuelle et plus qu’hypothétique ressortie, sinon une diffusion sur le câble. On avait promis un film abordable, c’est fait. La prochaine fois on ira peut-être même vers le grand public. En attendant on ne saurait que vous conseiller de rattraper cette agréable comédie à l’italienne. Vous en conviendrez,… ce n’est pas la mer à boire !

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