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Cinétrip : suivez Blak Mama en Equateur

Quoi de mieux pour inaugurer notre rubrique Cinétrip que le seul DVD que je me suis offert lors de notre voyage en Amérique du Sud. Direction donc l’Equateur avec l’intriguant Blak Mama.

Pour ceux qui me connaissent, la première question est certainement : pourquoi ce film en particulier ? La bande-annonce devrait constituer une réponse suffisante…

Après l’avoir vue, mon esprit de collectionneur a cherché à se procurer le DVD par tous les moyens, ce qui n’est pas si évident dans un pays où l’on trouve plus de copies pirates du cinéma bastardos (et je ne voulais pas m’en contenter pour en avoir déjà fait par deux fois la pénible expérience) ou de films américains, que de vrais DVD. C’est à Quito, dans une librairie d’art, que j’ai trouvé finalement mon bonheur.

Serait-ce la VO espagnole sous-titrée en anglais ou la crainte d’être déçu (un de nos hôtes, après mon fier achat, m’en a fait une description assez négative) ? Le fait est qu’il m’aura fallu pas loin d’un an pour m’attaquer au film. J’en sors tout juste. Si le film, globalement, se laisse regarder, ce qui n’est pas toujours le cas (j’avais au Portugal acquis le beau DVD de Balas & Bolinhos – O Regresso simplement à cause de la magnifique jaquette, où le Jornal de Noticias annonçait : « O Primeiro OVNI do Cinema Português ». Je n’ai à l’heure actuelle jamais réussi à le regarder en entier) on est tout de même un peu largué, à moins de connaître les tenants et les aboutissants de la fête de la Mama Negra.

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Derrière les frasques poético-trash des deux cinéastes (Miguel Alvear et Patricio Andrade) et malgré un découpage en chapitres, on ne comprend pas bien où l’histoire veut en venir et l’intérêt de cette quête initiatique se perd dans les méandres de l’univers artistique et loufoque des auteurs. Du budget anémique, les réalisateurs parviennent cependant à tirer partie et on n’est pas loin quelques fois d’éclairs lyriques proches du cinéma de Jodorowsky, mais cette inventivité est bien résumée dans la bande-annonce et le reste, malgré une introduction prometteuse, peine parfois à décoller vraiment.

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Les thèmes de la fête, de la religion et du métissage que l’on retrouve dans la célébration originale de la Mama Negra sont ici traités sans aucune volonté explicative, mais plutôt dans le choix du surréalisme à tout prix qui larguera très rapidement les spectateurs les moins courageux. A la fin, on n’en sait donc pas beaucoup plus sur le sens et les origines précises de la fête et on n’apprend par grand-chose non plus de l’Equateur dont on voit à peine un court aperçu de Quito et de Latacunga. Blak Mama ne parvient donc pas à offrir une représentation accessible de l’identité équatorienne qu’il préfère travestir dans l’esthétique baroque d’une parodie très intellectuelle. Si le spectacle était irréprochable ce ne serait pas bien grave, mais les chorégraphies sont franchement faiblardes et l’action fait parfois très « amateur » (la scène de combats dans l’arène notamment). Dommage, le jeu des acteurs, sans être oscarisable, n’est pas scandaleux, les séquences d’animation sont plutôt efficaces et le film fait preuve d’une réelle débrouillardise lors de quelques effets spéciaux que Méliès et Cocteau ne renieraient pas.

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En définitive, Blak Mama a les qualités et les défauts d’un film d’artistes. Il se prête plus volontiers à l’analyse qu’à la simple jubilation d’une projection. Trop expérimental, il laissera sur le carreau les spectateurs les moins cinéphiles. Sans concession, il ne manquera pas, non plus, d’en fasciner certains.

Vous l’aurez compris, Blak Mama n’est pas la pierre angulaire de ma collection, mais malgré un pressage un peu foireux, le film offre un souvenir de plus, à retardement, de l’expérience équatorienne. Il aura éveillé quelques réminiscences agréables tout en entretenant pendant une heure et demie ma curiosité. Rien que pour cela, je lui en suis reconnaissant. Pour le reste, je continue d’espérer voir un jour, un vrai bon film équatorien. Et pour la prochaine fois, promis, on vous parle d’un film plus abordable.

Pour les curieux de l’extrême que cette chronique n’aura pas démotivés, le film est référencé sur le site www.filmsentv.com et il y a un contact sur le DVD : wchicha@gmail.com.

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