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Portrait : Julio, poète et journaliste à Lima

Aujourd’hui, nous donnons la parole à Julio Heredia, artiste, poète, journaliste et voyageur qui nous avait accueillis à Lima au Pérou, son pays natal, où il est rentré vivre il y a quelques années, après un exil en Chine et en France.

Peux-tu te présenter brièvement ?

Je suis né dans le centre historique de Lima en Avril 1959. Je me suis senti depuis l’enfance une vocation pour la littérature et le journalisme. Je me suis consacré à ces activités dès le plus jeune âge et je leur suis resté fidèle jusqu’à présent. J’ai étudié à l’Université de San Marcos, la plus ancienne de l’Amérique latine. A 24 ans j’ai été embauché pour travailler dans le département d’espagnol de l’Agence Chine Nouvelles (« Xinhua ») et je suis resté à Pékin pendant deux ans, entre 1984 et 1986. Fin 1986, je suis arrivé à Paris. J’ai réalisé des études littéraires à la Sorbonne et j’ai vécu grâce à divers emplois, de « l’alimentaire » comme des choses plus intellectuelles. En 2006, je suis retourné au Pérou.

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Pourquoi avoir quitté ton pays pour la Chine, puis la France ?

Être embauché pour travailler en Chine était inattendu. A cette époque, j’avais réussi à devenir un jeune journaliste dans ma ville natale et je ne pense pas que je voulais vraiment quitter le pays. Mais les circonstances sociales et politiques au Pérou s’étaient rapidement dégradées et partir à l’étranger était une façon d’échapper, à ce moment-là, à la violence politique que le groupe terroriste du « Sentier lumineux » avait alors déclenchée. Mes parents et mes frères ont pensé qu’il valait mieux quitter le pays, en particulier pour moi qui étais en danger en raison de la nature même de mon travail. En Août 86, je devais également quitter la Chine à cause des soupçons absurdes des autorités chinoises au sujet de mon comportement. Comme je ne pouvais pas retourner au Pérou, je suis allé en France où j’ai vécu plus de 20 ans.

Quel regard portes-tu sur la Chine ou la France aujourd’hui ? Suis-tu toujours l’actualité de ces pays ?

Oui. La Chine a été pour moi une expérience limitée. J’ai tout de même pu y constater plusieurs choses: j’y ai comparé d’abord  la conception du monde de l’Extrême-Orient et celle de l’ »Extrême-Occident », qui serait l’Amérique latine et plus particulièrement le Pérou. A ce niveau, et de façon inattendue, j’ai trouvé plus de similitudes que de différences. Depuis la Chine, j’ai aussi compris que la colonisation européenne avait aliéné une vision du monde qui existait en Amérique avant l’arrivée des Espagnols et que, par conséquent, l’identité des sociétés, qui en ont résulté, s’en trouve aujourd’hui encore contrariée et non résolue. La Chine des années 80 m’a enfin permis de comparer le système démocratique (défectueux) et l’autoritarisme centralisateur: là, j’ai été convaincu que la démocratie était, jusqu’à nouvel ordre, le moins mauvais des systèmes. Quant à la France, je crois non seulement qu’elle a été pour moi un pays de transit, mais aussi un «pays d’adoption». Ma famille nucléaire (ndlr : famille regroupant deux adultes mariés ou non avec ou sans enfant) a été fondée là-bas et j’ai assimilé, je pense instinctivement, la culture et l’esprit de cette nation. J’essaie donc de rester informé concernant les événements politiques et sociaux en France.

« Un Péruvien installé à l’étranger peut observer son pays comme sous une loupe »

Pourquoi es-tu revenu au Pérou, à Lima plus précisément ?

Il y a eu des raisons subjectives qui seraient difficiles à expliquer en détails. Je me sentais perdre toute intimité avec l’esprit de l’Espagnol du Pérou, ce qui, en tant qu’écrivain, me préoccupais beaucoup. De plus, il était important pour moi de participer au processus de « renaissance » de la société péruvienne que j’avais quittée dans un état déprimant lors de mon exil.

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(les côtes de Miraflores, Lima, Pérou)

Est-ce que le fait de voir d’autres pays t’a amené à porter un regard différent sur le tien ?

Bien sûr. De loin, je voyais mieux ses forces et ses faiblesses. Un Péruvien installé à l’étranger peut observer son pays comme sous une loupe, et cela m’a poussé à développer un sentiment très critique sur notre caractère. Je pense que le drame du Pérou ne vient pas tant d’une sorte de schizophrénie résultant de la collision des races et des cultures. Ce fait, en vertu d’autres mécanismes politiques et sociaux, pourrait être un avantage dans le scénario du monde globalisé d’aujourd’hui. Mais il y a des failles de discrimination et d’abus qui sont encore présentes dans le Pérou moderne. Espérons que le développement économique poussera aussi des changements radicaux dans la mentalité.

Ta poésie a été pas mal alimentée par tes voyages, je pense par exemple au Libro de los muchachos Chinos. Peux-tu revenir sur le processus de création, comment le voyage et les mots ont pu s’interpénétrer, d’où est venue cette nécessité ?

En effet, le « Livre des jeunes chinois » est le résultat d’une confrontation entre la culture et la langue qui, en même temps, exerce sur moi une grande fascination. Je pense que la création littéraire est déjà un voyage, donc rien n’est plus assimilable à cette expérience que le déplacement géographique du voyage. J’ai fait du voyage l’élément central de ma poésie : en partant du principe de l’expliquer tout en profitant du mystère de l’existence.  Le langage symbolique transcende le tangible, par conséquent, la poésie est aussi un voyage métaphysique, une initiation. Dans le processus de création de mes poèmes, j’ai réalisé que les chemins mis en place par les différentes civilisations convergent toutes à la fin.

Tu t’investis également beaucoup dans la culture, par la radio notamment, mais en politique aussi depuis plus récemment. Est-ce que tu peux nous en parler un peu ?

J’ai eu à travailler au sein la municipalité de Lima et à être proches des processus sociaux, vus du côté de l’administration : une expérience intéressante qui m’a motivé à m’engager dans de nouvelles formes de participations citoyennes et à prendre des initiatives qui n’avaient pas déjà été prises en charge. Mais être un «acteur politique» n’est pas quelque chose qui me séduit, au sein de l’immense Pérou actuel, où s’exerce un cannibalisme terrible dans le domaine de la politique. En revanche, le contact et la possibilité d’un dialogue au sens large que fournit la radio me satisfait beaucoup et j’aimerais approfondir l’expérience.

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(vue sur la place du parlement depuis la mairie de Lima)

Est-ce que tu envisages de t’investir plus encore ? Penses-tu qu-il soit possible qu’un jour prochain je revienne à Lima et découvre sur les affiches, parmi les candidats briguant le poste de maire, le nom de Julio Heredia ?

Je crois que j’ai répondu à cette question avec ta question précédente: je ne pense pas être équipé pour la lutte dans le pouvoir politique , je préfère rester sur la plaine.

Enfin, penses-tu rester à Lima pour de bon désormais ou penses-tu partir encore ?

Pour le moment je me sens bien ici et je pense que ce cycle de ma vie est loin de se terminer, mais je suis sûr que (s’il me reste suffisamment de temps devant moi) je repartirai.

Merci Julio !

Merci beaucoup.

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