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Souvenirs de Thaïlande

Dans le ciel, un avion semble défier royalement les lois de la pesanteur. C’est la première marque du dépaysement. Nous sommes le 3 Juillet de l’été 2010. Ce voyage à deux, je le fais avec mon ami Stéphane. L’aéroport est agité. L’homme du taxi pratique, en plus de son activité de chauffeur, la boxe thaïe. Son short de combat trône fièrement sur la plage arrière. Bangkok est une jungle électrique. Nous logeons dans une rue touristique où les matchs de la coupe du monde sont retransmis sur un écran géant. Ici, la nuit est une grande fête qui ne finit qu’au petit jour. Les bars et les discothèques se disputent les clients. Depuis la piscine, sur le toit de l’hôtel, nous pouvons porter un regard plus serein sur cette agitation permanente. La journée, partout dans la ville, cette effervescence ne s’arrête pas, elle se transforme, elle est sans fin. Bangkok ne dort jamais. Le Wat Phra Kaew est merveilleux mais le Wat Pho avec son Bouddha couché n’est pas moins impressionnant. Il est bon de trouver quelques endroits où se laisser aller à un peu de sérénité. Le marché de Chatuchak, lui, est tout bonnement incroyable, c’est une ville dans la ville, un labyrinthe où tout s’achète. Chinatown aussi est comme une autre destination ; nous la visitons de nuit, d’échoppes de rue en restaurants familiaux, comme une escapade gourmande sous la lumière des néons où la pluie scintille. Nous allons partout, au très typique marché aux amulettes, à l’inquiétant musée médicolégal de Songkran Niyosane, nous nous faisons même joyeusement arnaquer par un chauffeur de tuk-tuk qui parviendra à nous faire acheter un costard. Nous goûtons tout, nos yeux comme nos papilles sont à la limite de l’explosion, nous suivons le guide autant que nos envies dans la chaleur humide de cette ville insomniaque.

bangkok 2

Il faut bien quelques jours à Amphawa, façon baroudeurs, pour se relaxer un peu et digérer ces premiers jours intenses. Nous repartirons à regret de la chambre d’hôte où les jours étaient délicieux au bord de l’eau. A Ayutthaya, l’ancienne capitale, les vacances trouvent enfin leur rythme de croisière. Nous profitons autant des sites culturels que des salons de massage. Passage obligé au Wat Phra Mahathat, nous posons très solennellement autour de la tête du Bouddha sertie de racines. La nuit, les chiens en meutes peuplent la nuit de leurs longs aboiements. Il est déjà l’heure de partir pour Chiang Mai.

ayuthaya

chang mai

C’est peut-être une des villes au monde où je me suis le mieux senti chez moi. L’effervescence culturelle et la douceur de vivre m’auront totalement enchanté. Tous les matins c’est le même rituel, un délicieux café (quand on ne confond pas la salière et la sucrière comme c’est arrivé une fois) au Libernard Café. La ville n’est pas particulièrement belle, mais elle est à échelle humaine et l’on s’y plaît instantanément. Le marché du samedi n’est peut-être pas aussi impressionnant que Chatuchak mais il a son caractère et les temples de forêts comme le Wat U Mong, s’ils en jettent moins que les sanctuaires dorés de la capitale, valent vraiment le détour. De là, on s’enfoncera dans l’arrière-pays jusqu’à dormir chez l’habitant dans un petit village qui ne connaît pas encore l’électricité. Tout en remontant le temps entre les cases de bois et les animaux en liberté, une cigarette au bec en feuille de bananier, nous jouerons de la musique au coin du feu avec les enfants du coin. Un souvenir inoubliable. Mais même les bons moments ont une fin. Un dernier détour par Chiang Rai et nous rejoignons le nord du Laos.

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En seulement dix jours, nous visitons Luang Nam Tha, Luang Prabang et Vientiane. A peine le temps de nous familiariser avec la beauté sauvage de ce pays fantastique où il faudra, à coup sûr, revenir. Les vacances touchent bientôt à leur fin et nous voulons poser un peu le sac à dos et lâcher les chaussures de rando. Nous retournons expressément en Thaïlande pour une dernière semaine de farniente sur les îles. Sur le ferry nous croisons Minh et Julian avec qui nous partagerons ces derniers instants, en commençant par les bars de Koh Samui où les femmes louent leurs services mais où nous resterons sages. Pour faire la fête il faudra attendre la Full Moon de Koh Pha Ngan où, malgré la pluie venue contrarier les festivités, nous profitons au maximum de cette virée ultime. Le jour, sous un soleil éclatant, nous nous prélassons sur les plus belles plages du monde, au nord de l’île et laissons la nuit nous raccompagner à pied à notre petit cabanon, à dix minutes à peine du bord de l’eau.  Entre les sessions de snorkeling et les séances de bronzage, nous savourons l’éternité. Une fois de plus, le temps finit par nous rattraper. Le premier aout sonne la cloche du départ. Les cartes mémoire sont pleines, plus important le cœur et l’esprit aussi. La Thaïlande, plus que jamais, aura été pour moi un monde authentique.

iles

De retour en France je prends mes notes et je voyage une dernière fois en poésie. Avec le temps (c’est le titre du poème), avant qu’il ne commence à grignoter les détails et à creuser son ombre, j’écris sur le vif en essayant de capturer un peu de cette magie du voyage entre les lignes. Le texte est depuis paru dans l’édition 2012 des Cahiers du Sens, au Nouvel Athanor.

Le temps ici a bien rapport avec le temps

Et quand il fait trop chaud tes gens meurent à l’ombre

Et tes femmes s’étalent jusqu’à même le sol

Langoureuses et lentes dans leur demeure fauve

J’ai ramené ma crasse jusqu’ici

Dans une valise pleine de faux billets

Et je m’allonge de l’autre côté du temps

Voir tes fleurs se décomposer

Je respire le poison de ton sexe

Et je comprends notre folie

Dans tes villages les enfants

Ont des visages éblouissants

Et tu sais mieux que moi que tout a un prix

Et que tout est offert à qui sait demander

Dans le silence de tes temples

Des bonzes goûtent à l’avenir

Et leur visage émaillé d’or

Comme le marbre enfin se tait

Jusqu’à quand te courberas-tu

Pour l’apparence d’un baiser

Ceux qui viennent jusques à toi

N’ont que la mort au creux des lèvres

Et leur haleine est rance

Les parfums de tes rues se mélangent

Où tes chiens en vain se rebellent

Petits bouddhas chargés de crainte

Dans le matin dégoulinant

Et sur le chant de tes oiseaux

Le progrès fait ses harmoniques

A coups de perceuse électrique

Que les molles journées passent vite

Porté par le bercement du hamac

Dans l’écume qui meurt à l’arrière du ferry je m’abandonne

Sur l’or blanc de tes plages hérissées de palmiers je m’abandonne

Dans les bras de tes femmes où d’autres sont passés je m’abandonne

Dans les soleils riants aux lèvres des enfants je m’abandonne

Partout en toi je m’abandonne

Dans le chant grave de l’électricité ou

Par la flûte enchantée de ta nuit animale

Et jusqu’au pur oubli du temps qui détruit tout

Dans l’eau claire où le jour scintille

Le geste calme des pêcheurs

S’évanouit dans la lumière.

moines

(photos ©Matthieu Conzales)

4 réponses to “Souvenirs de Thaïlande

  • Salut, c’est vrai que la Thaïlande est un beau pays très agréable et facile à visiter. Il y a énormément de belles choses qui marquent à vie. Quant au marché de Chatuchak, un vrai labyrinthe où il est assez difficile de s’orienter mais où l’on découvre des produits/objets inconnus pour nous les Occidentaux.

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