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Le cinéma équatorien

Si je vous dis “le cinéma équatorien”, ça vous parle ? Non ? Pas de panique. Il y a moins d’un mois j’étais dans la même situation.

C’est une longue histoire pourtant. Tout a commencé au Brésil il y six mois environ, avec Jorge Furtado. A chacune de nos rencontres, je demandais à nos nouveaux amis de m’en dire un peu plus sur leur cinéma national. C’est ainsi qu’on me présenta le réalisateur d’O Homem Que Copiava dont ma watchlist Imdb commence à connaître la filmographie. En Argentine, l’autre pays du cinéma en cette Amérique, autre elle-aussi, je me familiarisais mieux avec l’œuvre de Campanella dont je ne connaissais jusqu’à présent que le remarqué Dans ses yeux tout en découvrant Leonardo Favio ou Rosendo Ruíz. En Uruguay, entre quelques délicieux groupes musicaux, je m’intéressais au plus douteux Dirigeable de Pablo Dotta. Il en fut de même au Paraguay, au Chili et au Pérou, avec plus au moins de réussite suivant les pays traversés et les personnes rencontrées. Il n’y a qu’en Bolivie, où je dois l’avouer (fut-ce le manque de temps ou le manque de productions ?) je n’ai, cinématographiquement parlant, rien découvert. En arrivant en Equateur, ne trouvant même pas un petit paragraphe sur le sujet dans le guide du Routard, je ne m’attendais pas à de grandes surprises. J’ai eu tort…

C’est à Loja, avec Antonio Campoverde, lui même vidéaste, que je fus initié à un cinéma qui m’était jusqu’alors inconnu : le cinéma “Bastardo”. Au départ, ce n’était qu’un échange de court-métrages, notre hôte appréciant le cinéma gore, je continuais, poussé par Marie, la promotion de Badamax qui, allez savoir pourquoi (la qualité probablement), cartonne déjà pas mal en Amérique du Sud. Antonio, de son côté, nous montre In Humus dans lequel l’acteur principal se trouve aussi sur la pochette d’un DVD pirate posé sur la table du salon.

Dérivant sur Angel Guaman (c’est le nom de l’acteur) on finit par regarder El Llanero Vengador 3 dont, à la vision, je m’étonne qu’il y ait pu avoir deux suites au premier opus. Antonio m’explique un peu mieux le fonctionnement de ce cinéma, où les films, produits pour 1000 dollars environ, finissent par inonder les rayons des vendeurs sans que le producteur n’y gagne autre chose que de la visibilité. En même temps, quand on voit le jeu d’acteur, le soin apporté au scénario ou la cohérence des cadres, on n’a pas forcément envie de rémunérer qui que ce soit.

Le lendemain, on se remettra néanmoins une autre production du même type, censée être un peu meilleure : Corazones Azules. Malgré l’ambition plus affichée de raconter une véritable histoire de société, il est difficile de crier au chef d’œuvre. Sur ce, je lui demande si c’est là le seul cinéma équatorien. Je découvre alors qu’il existe en parallèle quelques productions plus classiques, étouffées par le cinéma américain omniprésent en salles, et le cinéma bastardo plus rentable en distribution pirate. Ce cinéma, quasi-invisible semble pourtant porter un œil original et critique sur le pays. Mais il est difficile à financer en cela qu’il n’est que trop rarement rentable. Apparemment, seul le film Qué tan lejos aurait remboursé ses coûts de production, quand d’autres comme Promoteo Deportado, malgré son caractère frondeur et ses qualités comiques, peinent véritablement à exister.

Parmi ces exclus, je découvre la bande-annonce de Blak Mama, un film qui rend hommage à la fête de la Mama Negra à Latacunga. Comme je n’ai pas encore acheté de DVD depuis le début du voyage, j’en fais l’objet principal de mes motivations cinéphiliques du moment. Mais à Loja autant qu’à Guyaquil, pourtant la plus grande ville du pays, impossible d’en trouver un exemplaire. Je commence à désespérer. A Ambato, où je ne m’attends à rien, je trouve entre les films américains et quelques productions bastardo, deux ou trois vrais DVD équatoriens (non-pirates j’entends) mais toujours pas de Blak Mama. Enfin nous arrivons à Quito et dans une librairie, tandis que nous cherchons un guide de la Colombie, je trouve enfin l’objet de mes désirs. La morale de cette histoire : tout vient à point à qui sait attendre. Espérons qu’il en sera de même avec le cinéma équatorien.

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